Chapitre 27 - James

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« J'avoue que j'aimerais bien être avec toi en ce moment. Qu'on discute de tout et de rien, jusqu'à pas d'heure... Juste toi et moi. »


Sa réponse à mon message me fait sourire naïvement devant mon portable, mais le petit picotement qui s'était installé près de mon cœur s'en va rapidement lorsque je suis rattrapé par la réalité.

- Bon, tu m'écoutes, James !

Je ne relève pas la tête et elle continue.

- Je te parle ! James ! Enlève-moi ce téléphone, c'est important !

- Oui, oui pardon, dis-je en fourrant mon téléphone dans ma poche sans prendre le temps de répondre à Anna.

- Bon, maintenant que j'ai toute ton attention. Faut qu'on y aille.

- J'ai pas envie, je proteste.

- C'est pas une question, on y va et c'est tout. Il faut que tu sois là, tu dois signer maintenant que tu es majeur.

- Pas aujourd'hui, OK ?

Je me dirige déjà vers ma chambre mais elle me retient.

- Ce sera aujourd'hui, un point c'est tout ! Le rendez-vous a été pris il y a des mois maintenant. Tu leur dois bien ça.

- Ne commence pas.

Je me défais de sa prise et je sens qu'elle ne va pas me lâcher.

- James ! Fais pas l'enfant. Tu en es tout à fait capable. Et puis je serai là... me dit-elle comme pour m'apaiser.

Et ça fonctionne, parce qu'elle sait comment me regarder. Elle soutient mon regard avec une tonne de « s'il te plaît » dans ses yeux. Je sais que je ne pourrai pas me défiler aujourd'hui. Je dois prendre mes responsabilités.

- Bon OK. Je viens, mais une fois que c'est fini, on rentre directement.

- Ça me va. Je dors ici ce soir de toute façon.


Je ne l'écoute plus et cherche mes affaires. Sophia saura toujours me faire obéir, je sais bien que je lui dois bien ça aussi, mais elle n'a pas toujours été là. Elle m'a laissé là-bas, tout seul. Je sais qu'elle a tout fait pour que ça n'arrive pas, mais malgré tout une partie de moi lui en veut toujours.

Elle a coupé ses cheveux en carré court, on dirait qu'elle a quarante ans alors qu'elle n'en a que trente-deux. Je la suis et elle démarre la voiture. Le trajet est long et se fait sans le moindre bruit. Je sens qu'elle n'arrête pas de penser, qu'elle me lance parfois des regards rempli de tristesse. Mais je n'ai pas besoin de sa pitié.


***


Cette journée a été éprouvante, j'ai tenté de faire face, pour Sophia. J'ai essayé d'être fort, mais une fois seul avec mes pensées et moi-même, c'est plus dur.

Au fond de mon lit, je laisse mes larmes couler peu à peu et sans réfléchir je sors une feuille volante de mon carnet, prends mon crayon et je me laisse porter par le flot d'émotions qui m'enveloppe. J'écris, comme j'ai l'habitude de le faire depuis des années maintenant. C'est mon seul remède contre mes démons. Un jour peut-être, je partagerai mes textes, mais je ne me sens pas encore prêt à reprendre cet exercice. Je ne me sens pas encore prêt du tout à composer des mélodies. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Pour l'instant, elles restent coincées dans ma tête et c'est avec cette apaisante mélodie que je trouve les bons mots, les mots qui décrivent ce que je ressens au plus profond de mon être.


Cada gota me sumerge en el abismo

Ahogo mi pena dejando mis lágrimas fluyan.

Solo frente a este drama, salgo a la superficie poco a poco,

tratando de hacer frente, tratando de hacer espacio para mí.

Pero mi alma se evapora, y ahora floto, mirando el cielo estrellado.*


J'ouvre un œil, puis l'autre et regarde l'heure. En période de vacances, je ne me lève jamais avant onze heures et ce matin ne change pas mes habitudes.

12h35. Oui bon, j'aurais pu me réveiller plus tôt. Je bouge et entends des feuilles voler. Je me suis endormi en écrivant, mon carnet est encore ouvert sur mes draps et plusieurs stylos gisent à mes côtés, comme abandonnés. Je rassemble les feuilles et les fourre dans le carnet que je remets à sa place sous mon lit. Je peux sentir d'ici les odeurs d'un poulet qui rôti dans le four et de frites. J'avoue que ce n'est pas la meilleure sensation de ressentir du poulet et des frites au réveil, mais ça a le mérite de me sortir du lit. Sophia est là, en train de lire le journal.

- Dis-moi, tu sortais pas avec une Lola dans le temps ?

- Bonjour, déjà.

Elle rit, je ne sais pas ce qui la met dans cet état et elle me fait signe de me regarder.

Ah merde. J'ai une feuille coincée dans mon caleçon. Ouais, bon plus ridicule, tu meurs.

- Bonjour. Donc Lola ?

- Euh, si pourquoi cette question ? je demande en retirant la feuille et en la mettant en boule.

- C'était pas ça son nom de famille ? elle me tend le journal en même temps pour que je puisse voir.

Je lis l'article et je n'en reviens pas. Lola. En prison. Quoi ?

- Mais attends, elle est en prison pour coups et blessures et violence aggravée sur ses propres parents, ajoute Sophia.

Ça me fait froid dans le dos. Elle a bien un problème.

- Oui, enfin ils ont écrit qu'elle est dans un centre spécialisé...

- À l'asile oui ! Elle est complètement folle, ma parole ! Heureusement que tu l'as vois plus.

Si elle savait.

J'acquiesce, et ne sachant pas où cette conversation va nous mener je monte dans ma chambre m'habiller et en informer mes meilleurs amis.


Je commence par appeler Anna, elle décroche tout de suite. Je lui raconte le contenu de l'article et elle s'empresse d'aller sur Internet pour voir ce qui s'y raconte. Ce qu'elle trouve est tout simplement incroyable. Lola a été apparemment arrêtée, enfin les faits sont assez flous. L'article explique que sa mère n'aurait pas déposer plainte. Cela ne m'étonne qu'à moitié, je pense que Charly et sa femme n'auraient pas été capables d'un tel acte mais en même temps je me demande ce qu'il en est pour Lola. Elle est placée dans un établissement spécialisé pour les troubles psychologique, sous haute surveillance. D'après Internet elle serait entre de bonnes mains pour guérir mais ils n'expliquent pas grand-chose de plus. Ils ajoutent à la fin qu'un jeune homme aurait été mêlé à cette histoire. Je pense directement à Diego, mais je n'ai pas le courage de le dire à Anna. Je ne leur ai jamais vraiment raconté l'entièreté de la conversation que j'ai eu avec son père. Je préfère que tout ça reste derrière nous.

On continue de discuter tous les deux pendant un long moment, elle me parle de tout sauf de cette histoire et je lui en suis reconnaissant de vouloir m'aider à me changer les idées.

Je n'ai plus la force d'appeler Ayden pour lui raconter, je laisse donc tout ce plaisir à Anna qui se réjouissait de lui apprendre la nouvelle. Je n'arrive malgré tout pas à me réjouir qu'elle ait complètement perdu le contrôle d'elle-même au point de finir dans un hôpital...



* Chaque goutte me plonge dans les abysses

Je noie son chagrin en laissant couler mes larmes.

Seul face à ce drame, je remonte peu à peu à la surface,

m'efforçant de faire face, tentant de me faire une place.

Mais mon âme s'évapore, et je flotte désormais en fixant le ciel étoilé.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant