Chapitre 23 - James

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- Vous avez fait quoi ? je crie, je ne mesure pas la portée de ma voix mais j'en ai rien à foutre.

- Jay, calme toi... on devait le faire, tente de s'expliquer Anna.

Je fais les cent pas, cherchant à réagir de la meilleure manière possible, mais je crois bien que je ne suis pas capable de faire autre chose que de leur crier dessus.

- Que je me calme ? Vous vous foutez de ma gueule ? Attendez, je vous parle d'un truc super important pour moi. J'en ai jamais parlé à personne, pas même à cette putain de psy. À personne, vous comprenez ? Vous étiez les seuls au courant et là vous racontez tout au père de mon ex ? Et vous lui dîtes en plus de tout ça, qu'elle doit se faire aider ? Mais vous blaguez j'espère ?! Elle est sur un putain lit d'hôpital parce qu'elle a voulu se suicider et vous trouvez rien de mieux que d'aller dire à son père qu'elle doit se faire aider parce qu'elle m'a porté des coups ? Vous vous rendez compte de la bombe que vous venez de lâcher ? Putain !


Je jure, encore et encore, je n'en reviens pas. Ils semblent effrayés par mon monologue, mais je n'en ai que faire. Ils n'avaient pas le droit. Il n'avaient pas le droit de parler de ce que j'ai vécu, à ma place. Ils ne pouvaient pas. Pourquoi sont-ils allés le dire, à son père en plus ? Je ne comprends pas la réaction de ces deux-là, qui étaient pourtant censés être digne de confiance. Je le pensais, c'est bien pour ça que je leur ai tout raconté. Je sais bien que je ne pouvais pas tout garder pour moi, qu'il fallait que j'en parle à quelqu'un un jour, mais jamais je n'aurais pensé devoir le faire en de telle circonstance et encore moins que le père de celle qui m'a causé tant de mal soit au courant.

Le fait qu'il pensait que notre rupture était de ma faute m'allait très bien.

Anna s'approche de moi, tentant de me calmer mais je me dégage de sa prise. Ayden quant à lui reste à bonne distance, et il fait bien. Je n'arrive pas à faire redescendre la pression.

Le père de Lola est venu me parler pour tenter de comprendre si mes meilleurs amis lui ont dit la vérité. J'ai craqué, j'ai pleuré devant lui. Je n'aurais jamais dû me montrer aussi faible, mais c'est sorti tout seul. Il ne lui en a pas fallu davantage pour comprendre que ce n'était que la vérité. J'avoue être plus que surpris qu'il n'ait pas cherché à démentir leurs dires par tous les moyens. On parle bien de sa fille quand même. Mais dans son regard j'ai senti qu'il me comprenait. Je n'ai pas osé posé la moindre question. Trop dévasté d'entendre dans sa bouche ces mots bien trop douloureux. Je ne vois plus sa mère dans les parages et je doute qu'elle soit au courant.


Nous sommes toujours dans la salle d'attente de cet hôpital, que je ne connais que trop bien. Ma tête me fait mal, j'ai l'impression qu'elle va exploser. On doit être au beau milieu de la nuit mais je ne peux pas me résoudre à partir, pas avant de l'avoir vue.

Je profite d'un moment d'assoupissement de mes amis pour me faufiler à travers les couloirs. Il faut que je trouve sa chambre, je dois lui dire adieu cette fois. Je dois lui dire que c'est terminé. Je sais que le moment est loin d'être idéal et qu'elle a tenté de mettre fin à ses jours, mais pour moi c'est la fin aussi. Elle ne doit plus jamais m'approcher, elle ne doit plus jamais entrer en contact avec moi. Je ne le supporterai plus et pour son propre bien à elle, il faut que ce soit la dernière fois aujourd'hui.

Une main me retient le bras au coin d'un couloir.

- James.

Je reconnais la voix du paternel de Lola. Des frissons me parcourent la colonne vertébrale. Je me tourne vers lui, m'arrête brusquement et je tente de soutenir son regard.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant