Chapitre 18 - James

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Mais qu'est-ce que je fous, moi ?

Un jour je passe tout mon temps avec elle, et le lendemain j'arrête de lui parler ? Mais qu'est-ce qui tourne pas rond dans ta putain de tête ?

Tout. Rien. Rien ne se passe bien dans ma tête.

La situation est devenue trop intense pour moi. J'avais besoin de prendre du recul, j'avais besoin de me rendre compte de ce que je ressentais, j'avais besoin de trouver un second souffle, besoin de respirer, tout simplement.

Anna occupe tout mon esprit, et pourtant je n'arrive pas à m'ouvrir à elle. Je ne peux pas, je n'y arrive pas. Ce n'est pas possible de tout lui dire. Elle me verrait différemment, elle aurait pitié. Elle ne resterait avec moi rien qu'à cause de ça. Et rien que le fait d'y penser, ça me donne envie de vomir.

Aujourd'hui, c'était un jour spécial. Un putain de jour spécial. Ça fait cinq ans.

M'éloigner d'elle était la seule solution, mais une journée à ne pas lui parler était déjà trop.

J'ai pensé que lui dire que c'était une mauvaise journée aurait suffit à éloigner ses soupçons, mais j'ai conscience que ça devient de plus en plus compliqué. Elle se confie, et je ne peux rien lui dire en retour. Je n'y arrive pas, tout simplement.


Bien sûr que je le ressens ce rapprochement, mais je ne l'ai pas voulu. Pourtant je dois bien avouer que je ne pense pas une seule seconde à Lola depuis plusieurs semaines lorsque je passe des moments avec elle. Et bordel, ça m'effraie.

Je me rends compte de ses yeux posés sur moi, remplis d'admiration, alors que je n'ai jamais rien fait pour mériter ça. Je ne suis pas un saint, ça se saurait. Il faut que j'arrive à m'éloigner d'elle, mais je ne suis même pas sûre que ce soit la solution. Notre relation grandit chaque jour et personne n'est dupe, ce n'est pas de l'amitié.

Lorsque je suis avec elle, je sens un vide se combler mais je me sens encore pourtant si seul. Cette putain de solitude me colle à la peau. La vie est compliquée, bordel.


Je sais bien que je n'ai pas réussi à arrêter de lui parler, bien sûr que c'était maladroit de ma part. Je suis même surpris qu'elle n'ait pas cherché à en savoir encore plus, à me bombarder de questions ou carrément à ne plus me parler parce qu'après avoir passé la journée rien qu'avec Ayden, elle aurait pu m'en vouloir. Malgré ça, elle reste bienveillante. Je ne mérite pas sa bienveillance.

Une larme coule le long de ma joue, je l'essuie du revers de la main et reprends mon téléphone pour m'excuser encore une fois auprès d'Anna. Elle me réponds que c'est rien, qu'elle a déjà oublié. Puis, comme à mon habitude c'est par l'humour que je m'en sors. Elle doit penser que je vais bien. Tant mieux, c'est ce qu'il faut.


***


J'appelle Anna, pour éviter de trop penser, pour me changer les idées. Elle décroche instantanément et nous discutons de tout et de rien. Soudain sa mère l'appelle pour lui dire de faire à manger, Anna veut raccrocher mais je l'en dissuade, pas encore prêt à faire face à la situation chez moi.

- Bon alors, je vais faire à manger pendant que je te parle. Je te préviens, ça va faire du bruit, dit-elle en riant.

- Aucun soucis ! Tant qu'on peut discuter c'est cool.

- C'est cool, répond-t-elle en reprenant mon expression.

- Bon alors, je te propose un jeu.

- Sérieux, Jay ? Un jeu par téléphone ? C'est pas un peu... cliché ?

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant