Chapitre 16.

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SEIZE.

Clara.


De votre main experte, allez-y...

Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Maintenant tout de suite, allez vite
Sachez me posséder, me consommer, me consumer Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Conduisez-vous en homme
Soyez l'homme... Agissez!
Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Et vous... déshabillez-vous!

Juliette Gréco.

Lorsqu'elle arriva chez Cyril, Clara n'aurait pas pu dire avec précision dans quel état elle se trouvait. Elle ne parvenait tout simplement plus à réfléchir ni à penser. Cette rencontre avait bouleversé sa vie, bousculé ses repères, un peu comme un coup de balai qui aurait remué de la trop vielle poussière. Mais elle était heureuse de le retrouver, quel que ce soit ce qui allait advenir ; elle se sentait prête pour ce grand ménage. Tout, trop longtemps, était resté trop bien rangé : il lui fallait ouvrir en grand les fenêtres et laisser le vent tournoyer à sa guise.

Cyril arborait un grand sourire en lui ouvrant la porte, et ses doutes s'évanouirent aussitôt. Il la guida dans son appartement, à travers un embrouillamini de sacs, de livres et d'objets divers. On n'avançait pas ; on naviguait. Pour se rendre d'un endroit à l'autre, il fallait tirer des bords, louvoyer...Malgré son désordre, l'appartement de Cyril avait la fluidité d'un océan.

Il la débarrassa de son manteau, qu'il suspendit à la poignée d'un vieux frigidaire, dans ce qui pouvait le plus ressembler à une entrée. En ouvrant la porte, il lui permit d'en découvrir l'intérieur, un ensemble de blousons de cuir suspendus sur des cintres.

- Ma penderie, dit-il.

Une musique flottait dans l'air, Black Market, un vieux Weather Report.

Ils s'extasièrent quelques instants sur Jaco Pastorius, puis sur le génie de Joe Zawinul.

Voilà, c'était fait, ils étaient bien, tous deux à nouveau ensemble, ils échangeaient avec passion, se découvraient avec plaisir.

Clara tenta de déchiffrer l'appartement ; des sièges disparates, des objets qui semblaient à moitié démontés, ou bien en construction, des murs blancs... Ils se trouvaient dans une grande pièce qui semblait constituer l'essentiel de l'appartement ; un bureau, une table, un grand lit, et un peu plus loin, la cuisine. Puis le départ d'un petit couloir, avec sans doute la salle de bains.

Tout cela respirait l'activité permanente, le mouvement, la créativité bouillonnante. Une certaine sincérité se dégageait aussi de cette absence totale de toute mise en scène ; les choses étaient posées là, simplement au dernier emplacement de leur utilisation. Cyril semblait totalement ignorer l'existence du concept de rangement. Aucun meuble d'ailleurs ne répondait à cet usage ; pas de commode, pas de placard.

D'un carton il sortit deux coupes, et revint de la cuisine armé d'une bouteille de champagne. Il lui désigna un objet étrange dont elle devina qu'il pouvait s'agir d' une chaise et remplit leurs verres.

Le regard de Clara s'attarda sur le plafond. Par endroits, habilement déguisés, se distinguaient des crochets, comme la trace d'un ancien rideau qui aurait divisé autrefois la pièce en deux parties.

-Le Kinbaku, un art japonais qui remonte au XVème siècle, commença Clara, et qui provient lui-même d'un autre art japonais, le hojo-jutsu, utilisé pour punir les criminels en les attachant en public, selon leur crime et leur origine sociale, récita-t-elle. Oui, je sais : j'ai tapé votre nom sur internet...

Ils éclatèrent tous deux de rire. Puis il demanda :

- Tu veux essayer à nouveau ?

Elle se rendit alors compte qu'elle était venue pour cela, pour qu'il s'occupe d'elle, qu'il lui fasse revivre ces moments d'abandon total, de rêve, d'évasion.

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