Chapitre 15.

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QUINZE.

Cyril.

Assis sur le bord de ma couche 

Je quitte le traversin
Pour réintégrer les babouches 

II est déjà matin.

Coiffé d'une casquette en plomb 

La trogne comme un compteur 

Je cherche mes esprits à tâtons 

Je m'éveille en douleur.

Blues blues blues Polochon blues.

Richard Gotainer.

Cyril avala un second comprimé de paracétamol. 

Le mal de tête ne l'avait pas quitté depuis le réveil, au point qu'il avait eu la plus grande peine à écrire quelque chose d'un tant soit peu gentil avant de quitter Clara.

Mais sa décision était prise, il l'appellerait dans dix minutes, même si sa tête explosait. Le numéro était là, composé sur l'écran de son portable. Onze heures, elle devait être au travail, ils auraient une conversation brève, et prendraient rendez-vous pour discuter de vive voix, ce soir ou à midi. Il irait probablement mieux alors, et serait mieux à même d'organiser ses idées.

Elle décrocha dès la deuxième sonnerie.

-Clara, j'écoute!

-C'est moi, dit-il péniblement.

-Bonjour, Cyril, comment allez-vous?

-Ca va...J'ai un mal de crâne épouvantable. Il faut que je te parle. J'ai des choses à te dire.Tu es au boulot?

-Non, je suis restée à la maison. Je n'irai que cet après-midi. J'ai moi aussi des choses à vous dire.

-Tu commences?

-Non, vous!

-Ok, dit-il. 

Dans l'état dans lequel il se trouvait, cela lui était égal, de toutes façons. Il se disait que son mal de tête ne passerait qu'une fois qu'il aurait vidé son sac. Il se lança donc.

-Il faut qu'on se voie.

-Oui, ce soir, chez moi?

-Non, chez moi plutôt. J'ai envie de te faire à manger.

-Comme l'autre fois? Vous me nourrirez? Dit-elle dans un rire.

Il lui donna son adresse.

En raccrochant, Cyril réalisa qu'il n'avait pas réussi à se disputer avec elle. Il se demanda si c'était une bonne chose: se laissait-il entrainer dans une histoire qui lui échappait? 

Il balaya cette question de son esprit, et se remit à la préparation de ses cordes.

Travailler les cordes était devenu son yoga: il s'apaisait, se vidait la tête à leur contact, à leur odeur si familière. Il fabriquait ses cordages lui-même, à partir de chanvre brut qu'il coupait à différentes longueurs en fonction des usages. Il fallait ensuite les passer à la flamme, afin de brûler les fils rebelles qui, s'échappant des torons, rendaient les cordes rêches et inutilisables. Enfin, après les avoir laissées bouillir dans la teinture, passées au sèche-linge, les enduire d'huile.

Il apprivoisait ses cordages, faisait connaissance avec eux, doucement, sans précipitation. Chacun aurait son âme particulière, sa personnalité propre qu'il lui fallait découvrir, comme un corps nu de femme qu'il fallait déchiffrer et comprendre avant de l'attacher pour inventer les accords secrets qui naîtront de la rencontre souple des cordes et des corps. Attacher, c'était tout simplement mélanger deux souplesses jusqu'à l'immobilité.

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