Chapitre 13.

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TREIZE.

Cyril.

Étonnez-moi...

Étonnez-moi
Car de vous à moi
Cela ne peut pas, cela ne peut pas 

Durer comme ça
Car de vous à moi
C'est fou ce qu'on s'ennuie, tu sais...

Patrick Modiano.

Cyril se rendait compte qu'il était inexorablement en train de tomber amoureux. En savourant son délicieux café, il fit rapidement le tour des complications que cette situation ne manquerait pas d'engendrer. Il avait tiré un trait définitif sur les relations amoureuses, mais était-il mûr pour reprendre une expérience avec Clara? Il avait toujours pris son rôle très au sérieux, conscient de la responsabilité morale qu'il impliquait.

Clara lui jeta un sourire;

-Je me change et j'arrive, attendez-moi!

Ce sourire le fit frissonner. 

-T'es mal barré, toi, mon pote! se murmura-t-il à lui-même. 

Un immense sourire éclairait son visage.

Ils sortirent du magasin et se rendirent au jardin du Luxembourg tout proche. Malgré la fraîcheur de l'hiver, le temps était sec et relativement ensoleillé. Les arbres alentour offraient une palette de couleurs plus riche encore que l'étal de glaces.

Ils marchaient côte à côte, Cyril ralentissant son allure pour s'adapter à celle de Clara, le bruit de leur pas sur le fin gravier était accordé à l'unisson. Elle avait défait ses cheveux, qui lui tombaient sous les épaules. Sans se concerter, ils se dirigeaient d'un commun accord vers le bassin central. Ils ne marchaient plus, ils étaient deux musiciens déchiffrant la partition du bruit de leur pas.

Arrivé près du bassin, Cyril approcha une chaise, Clara le regardant faire. Il put lire dans son regard comme un acquiescement serein; elle semblait heureuse qu'il prit cette initiative conforme à ses attentes, sans mot dire. Des groupes d'étudiants étaient disséminés autour d'eux, certains - les amoureux- un peu à l'écart, d'autres en grappes joyeuses, quelques joggers courageux passant de temps à autre parmi les touristes . 

Avant de s'asseoir il l'embrassa, et ce fut naturel. Ils s'embrassaient pour la deuxième fois, cette fois-ci comme un prolongement de la première, comme pour reprendre une conversation interrompue.

Cyril aurait pu rester ainsi à embrasser Clara toute l'après-midi, dans cet instant parfait, cet accord majeur. Mais il voulait mettre des mots sur ses ressentis, partager avec elle, se persuader qu'ils étaient bien  dans une expérience commune.

Quand il se détacha d'elle, elle resta quelques instants les yeux fermés, sans bouger, comme paralysée.

Ils s'assirent enfin, et se turent pendant de longues minutes, dans la même qualité de silence qu'après un beau concert, quand la dernière note de l'orchestre, pourtant éteinte, se prolonge encore dans la salle.

Au bord de l'eau, fut-ce un bassin de ciment au coeur de Paris, il se sentait toujours bien. L'idée qu'ils se soient tous deux, sans un mot, dirigés vers ce lieu lui semblait presque magique.

-J'aime être près de l'eau, dit-il. Je m'y sens toujours bien, serein.

Alors Clara lui raconta l'eau de son enfance, la lagune, la mer qui pénètrait dans les maisons, les bancs sur lesquels elle devait marcher, parfois  en bottes, pour se rendre à l'école, tous ces petits souvenirs enfouis qu'aucune oreille n'avait été suffisamment ouverte pour entendre jusqu'alors. 

Elle avait la sensation de parler avec un vieil ami, et ses confidences si longtemps retenues la soulagèrent. Elle se sentit plus légère, comme nouvelle, lavée.

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