Chapitre 8.

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HUIT.

Cyril.

Ah ! si vous connaissiez ma poule, Vous en perdriez tous la boule Ses petits seins pervers
Qui pointent au travers

De son pull-over
Vous mettent la tête à l'envers ! Elle a des jambes faites au moule Des cheveux fous, frisés partout Et tout et tout...
Si vous la voyiez,
Vous en rêveriez !
Ah ! si vous connaissiez ma poule

Maurice Chevalier.

Un verre de Whisky à la main, il composa le numéro de téléphone inscrit sur la carte de visite. Il avait décidé de l’appeler sur-le-champ. Ce n’était sans doute pas le genre de femme à se faire du souci pour lui, mais il avait envie de se rappeler à son bon souvenir, peut-être même de lui gâcher un peu la soirée, voire ses rêves nocturnes.

Deux heures du matin, c’était une heure raisonnable pour appeler une blonde qui avait failli vous écraser. Puis il se ravisa. Il n’avait pas réellement envie de la déranger; il voulait qu’elle soit disponible, qu’il puisse échanger un peu avec elle. Il se décida finalement pour un SMS: bonsoir, je suis Cyril, le cow-boy que vous avez renversé de son cheval, et qui a un ballon de rugby en  guise de genou.

Elle répondit immédiatement: J’adore les rugbymen, vous avez deviné j’imagine ClaraLualdi@hotmail.it.

Il ferma les yeux quelques instants. Clara Lualdi... Il y avait dans ce simple nom déjà trop de raisons de s’attacher. Italienne, en plus. Il fallait qu’il lâche l’affaire tout de suite.

Mais c’était trop tard; sa curiosité était déjà en éveil et mille questions se bousculaient dans sa tête. Peut-on réellement s’appeler Clara Lualdi, avoir ces jambes-là et ces yeux noisette-aux-reflets-verts? Etait-ce une professionnelle, une escort girl, ce qui expliquerait sa réponse si rapide, et le fait qu’elle lui donne spontanément son adresse msn?

Une minute plus tard il était assis devant son écran d’ordinateur.

-Bonsoir, Clara, c’est Cyril. Ecrivit-il.

-Bonsoir, Cyril.

-Clara, c’est ton vrai nom? Cela sonne trop beau pour être vrai!

-Oui, merci, flatteur! Cyril, en revanche, cela ne sonne pas très vrai, en fait...

-Cyril, c’est un pseudo...Mais tout le monde m’appelle ainsi. 

-Eh oui, je m’appelle Clara, et je suis blonde de surcroit. Nul n’est parfait. Et votre vrai nom, c’est quoi?

-Je ne te le dirai pas. 

-Oh oh, secret? Voici qui est fort intrigant. Vous avez piqué ma curiosité. C’est votre façon d’attirer les femmes? Pas mal! 

Cette réplique lui déplut. Il n’était pas en train de la draguer, pas encore, il lui fallait d’abord en savoir plus, beaucoup plus sur elle. Il détestait les femmes qui pensaient qu’on allait nécessairement tenter de les séduire, surtout depuis qu’il avait fait une croix sur les professionelles, dont aucune, aussi séduisante soit-elle, n’aurait pu s’attirer ses faveurs. Il ne répondit pas, cherchant une réponse appropriée. Ce fut elle qui rompit le silence.

-Vous êtes marié?

Il se dit que pour elle, la seule raison qui puisse justifier un tel temps de réponse, c’était qu’il n’était pas célibataire, disponible, donc embarrassé... Une professionnelle, sûrement. Elle allait bientôt lui demander son numéro de carte bleue...

-Non, je suis seul. Et toi? 

-Question bien indiscrète..

-Tu as failli m’écraser, tu me dois bien une réponse!

-D’accord. Oui, je suis seule.

Il lui ne voulait pas lui demander directement son métier, mais trouver lui-même la réponse au moyen d’indices qu’il glanerait au cours de la conversation. Il lui demanda donc où elle se rendait pour être aussi pressée.

Il avait  remarqué un léger accent lors de leur bref échange, lui qui avait l’oreille si fine pour ce genre de choses, et maintenant il désirait entendre à nouveau sa voix; était-il passé à coté de ce détail?

-A votre avis? Devinez!

Voilà qu’elle l’emmenait à nouveau vers des jeux qu’il ne souhaitait pas pratiquer, du moins pas de cette façon-là : dans les jeux, il ne se sentait à l’aise qu’en meneur. Il la voulait sincère, vraie, brune.

-Je te répondrais bien que pour être aussi pressée, une femme se rend chez son amant, mais ce serait trop facile. Alors je vote pour «tu te rendais à un rendez-vous de travail, et tu étais en retard, comme toujours».

-....................

-Quel genre de travail? 

-..................

-Assez joué, si j’ai deviné juste, on arrête là les bêtises, tu me le dis!

-Je travaille dans la restauration.

-La restauration.... de tableaux?

-Non! Je suis marchande de glaces, artisan-glacier, j’ai une petite boutique à Paris.

Cela, il ne l’aurait pas deviné. Lui demander où, pour aller au plus vite manger une glace dans sa boutique, la revoir, entendre à nouveau sa voix.

Leur discussion se poursuivit jusqu’au milieu de la nuit. Cela faisait très longtemps que Cyril n’avait pas conversé avec une femme d’une façon si ouverte et détendue. Comme s’il se connaissaient de longue date; il n’y avait pas d’effort à faire pour se comprendre.

-Et vous, que faites-vous de beau dans la vie, à part profiter des faibles femmes?

-A part profiter des faibles femmes, rien.

-Pas de métier? Pas de revenus? Rentier?

-Je suis Architecte de formation, mais j’ai laissé tomber.

Il lui raconta tout; son désir d’enfant de construire, ses études, ses amours. 

Elle lui donna rendez-vous le lendemain, à midi.

Cyril s’endormit et rêva comme un bébé.

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