Chapitre 5

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L'agitation dans les vestiaires est à son comble, comme à chaque avant match. L'équipe déborde d'énergie, et même les remplaçants s'y mettent. J'aime cette ambiance conviviale et festive et y prends toujours part avec ferveur, c'est mon côté boute-en-train qui ressort dans ces moments-là. D'ordinaire je suis un fêtard ; enfin, disons plutôt que je le suis devenu en intégrant le lycée et en côtoyant cette bande de joyeux drilles. C'est juste que ces derniers temps je n'ai pas le moral, depuis l'autre soir en fait. Et j'en connais la raison, c'est déjà ça.

— Salut les gars, vous êtes prêts à mettre le feu ? s'exclame Sharla en entrant dans les vestiaires accompagnée de sa troupe de pompom girls.

Sa bonne humeur permanente ajoute encore à l'euphorie générale. J'ai décidé de tirer un trait sur cette histoire, mais recommencer à lui parler me fait tout de même un pincement au coeur. Il faut bien l'avouer : j'étais accro à cette fille. Bien plus que de raison.

— Hey Lewis, comment ça va depuis l'autre soir ? demande-t-elle en m'approchant.

— Ça va, réponds-je en ignorant les regards suspicieux de Drew et Jason. Vous allez présenter votre nouvelle chorégraphie ?

— Oui, c'est un peu notre jour de test devant un public, on va voir ce que ça donne. Mais on est plutôt confiantes, on a bien répété !

— Je te fais confiance pour ça.

Je suis sincère, Sharla est vraiment passionnée par ce qu'elle fait et sait mener sa troupe avec fougue. Sur ces paroles, elle quitte les lieux avec son groupe afin d'aller faire le show pour le public.

— Allez les jeunes, on se motive ! nous surprend le coach, Tony, en déboulant dans les vestiaires peu de temps après le départ des filles. Vos adversaires ont beau avoir gagné tous leurs précédents matchs, souvenez-vous que c'est le cas pour vous aussi ! Alors donnez tout ce que vous avez et faites leur mordre la poussière !

Il finit son discours en criant presque afin de donner le ton. L'équipe rugit d'une seule voix, motivée comme jamais, et nous quittons la salle pour rejoindre le terrain sous un tonnerre d'applaudissement. Brooklyn étant juste de l'autre côté de l'East River, presque tous le lycée a fait le déplacement pour nous voir jouer. Les supporters se valent d'un côté comme de l'autre et les gradins sont plein à craquer.

Nous rejoignons nos bancs attitrés non sans saluer la foule tandis que le speaker appelle les joueurs un par un. Mon tour venu, je m'y rends en trottinant et agitant la main en direction de nos supporters, souriant et profitant à fond de l'instant. Ces quelques secondes rien qu'à moi ont quelque chose de grisant, magique. Je tape dans les mains de Bryan et Jason qui sont déjà en place et fais de même avec Lenny et Drew qui arrivent à ma suite. L'équipe de choc. Nos remplaçants attendent sagement sur le banc, prêts à démarrer au quart de tour au moindre changement.

Lorsque l'équipe de Brooklyn, nos adversaires, est également en place, l'entre-deux peut se faire. Bryan, le plus grand de l'équipe, se charge de se rôle et réussi à récupérer le ballon dès que le match commence.

Au quatrième quart-temps nous menons 84 à 82, le score est très serré et nous avons du mal à garder la défense. L'équipe de Brooklyn nous pousse dans nos derniers retranchements et je vois bien que Bryan hésite sur la marche à suivre. Dans les gradins, la foule est en délire des deux côtés et j'entends régulièrement mon nom provenant de divers endroits. L'effet est grisant, mais je préfère rester concentré sur le match autant que possible.

Bryan se démarque sur ma gauche et en un coup d'oeil je comprends qu'il va me faire une passe alors que Lenny est en face de lui, pile dans sa trajectoire. C'est un mouvement que nous avons répété dernièrement aux entraînements et que nous avions décidé de tester aujourd'hui. L'occasion se présente enfin et je sais que je n'aurai que quelques secondes de répit pour aller marquer ou tenter un trois points. J'observe les adversaires se précipiter entre Lenny et Bryan pour faire barrage, bouchant également la route à Jason. Étant mal placé selon eux, je suis épargné et n'ai plus qu'à attendre.

Destins ÉgarésWhere stories live. Discover now