Chapitre 8 - Anna

70 18 5
                                    

Mon réveil me sort de mon sommeil à six heures du matin. Mes paupières sont encore closes lorsque j'éteins mon réveil, par réflexe. Je m'accorde encore quelques petites minutes de sommeil et mon deuxième réveil sonne. Merde.

S'il sonne, ça veut dire que je vais être en retard. Du moins, que je n'ai plus autant de temps pour me préparer.

En allant dans la salle de bain, j'aperçois un filet de lumière émaner du rez-de-chaussée, ce qui me semble étrange étant donné que mon père est en repos pour quelques jours et qu'il est censé dormir à cette heure-ci et que ma mère ne se lève jamais aussi tôt. Je me dirige quand même dans la salle de bain pour tenter de me coiffer. Mes cheveux sont si longs que je ne sais plus comment les dompter. Il se pourrait qu'une bonne coupe me redonnerait le moral ces prochains jours.

Je descends et entends des bruits en provenance de la cuisine. D'un coup je me mets à penser qu'il peut s'agir d'un cambrioleur et mes mains deviennent moites. Je marche sur la pointe des pieds et prends la première chose que je trouve sur mon chemin. Une lampe sans fil. Bien vu, Anna, ça va vraiment t'aider.

Je commence sérieusement à flipper de voir cet intrus de dos dans ma cuisine et allume soudain la grande lumière :

- Anna ! On n'allume pas cette lumière le matin, tu sais bien que ça me brûle les yeux !

Je me retrouve là comme une conne avec la lampe dans mes mains et ma bouche entre-ouverte en suspend.

- Papa ! je m'exclame en tentant de cacher la lampe derrière mon dos, mais je sais bien qu'il l'a vue.

- Mais Anna qu'est-ce que ...

Il rigole en comprenant qu'effectivement je tiens cette lampe en pensant qu'il s'agissait d'un inconnu dans la maison. Je réalise alors que je flippe vraiment pour un rien.

- Mais je pensais pas que tu serais debout si tôt, il est même pas sept heures !

Il verse du jus d'oranges fraîchement pressées dans un verre et me le tend :

- Et depuis quand je ne peux pas me lever te préparer un bon petit-déjeuner ?

- Euh, peut-être parce que tu ne l'as jamais fait ?

- Il y a une première fois à tout. Et puis, je me suis dis que tu en aurais bien besoin après tout ce que tu m'as raconté. Et j'avoue, j'avais envie de passer un moment encore avec toi avant que je ne parte.

- Mais tu pars dans quelques semaines, pas demain ?

- Non, pas demain. Mais bon... J'avais envie c'est tout.

Mon père, ce sentimental ! Il est vraiment adorable, il y a vraiment de tout sur la table et je m'empresse de m'installer.

Aucune trace de Jay ce matin, ni dans le bus, ni en cours. Je me pose toujours et encore les mêmes questions et mon cerveau commence à disjoncter parce que je me mets à imaginer toutes sortes de choses à son propos.

En voyant Maria au loin, je me rends compte que nous n'avons pas trouvé le temps de se téléphoner la veille et ce, à cause de Mattéo. Je m'empresse alors de la rejoindre et lui pose la question, qu'elle attendait sûrement :

- Bon raconte-moi ce qu'il a encore bien pu te dire pour que tu acceptes de lui parler. Nan, attends, même pourquoi t'as décroché d'ailleurs ?

- Doucement, doucement. J'avoue que j'étais un peu sous le choc au début, puis j'ai fini par décrocher parce qu'il m'a appelé environ quoi quatre ou cinq fois ? elle se passe une main dans ses cheveux pour les rabattre vers l'arrière. Donc, j'ai quand même décroché j'avais peur qu'il lui soit arrivé un truc tu vois.

Je hausse les yeux au ciel, oh pauvre chou.

- Au début, il a commencé à me parler normalement et d'un coup il m'a parlé de relations, d'amour et enfin bref, je te la fais courte : il m'a dit que son cœur balance entre deux filles.

- Meuf, tu vas pas me dire que tu l'as cru ? On a dix-huit ans, merde ! On en a plus dix !

- Attends, attends... Je t'ai pas dit qui c'est les deux filles.

- Non, je vais finir pour toi : il t'a dit que c'était toi et une fille que tu connais pas ? Comme ça pas de risque que tu ailles lui parler.

- Comment tu as deviné... ? Demande-t-elle en faisant mine d'être étonnée.

- Il est trop prévisible c'est tout. On avait dit plus de Mattéo, tu ne peux pas retomber dans ses bras comme ça. C'est fini, votre histoire est terminée. Elle n'a d'ailleurs jamais commencé !

- T'es dur, Anna. Tu sais bien qu'il est attentionné malgré tout, qu'on s'entend bien, j'aime bien son humour, on rigole beaucoup et puis... On se voit souvent.

- Nan mais tu t'entends, Ma ? Il t'a hu-mi-liée. J'étais là, tu étais effondrée, qui est-ce qui t'a soutenu et t'a aidé à te relever ? Moi, putain j'étais là. J'ai vu tout le mal qu'il peut te faire, et toi tu le défends encore, tu me dis qu'il est attentionné ?

Son regard dévie vers ses chaussures, je sais qu'elle sait que j'ai raison. C'est ça le pire, elle sait qu'elle ne devrait pas. Mais c'est plus fort qu'elle. Parfois les sentiments vous font faire n'importe quoi. On attend un niveau de dépendance assez incroyable à ce stade.

Ayden nous rejoint et comprend qu'il vient d'interrompre une discussion plutôt importante, mais je ne lui en veut pas, cela nous permet de passer à autre chose. Mais la conversation n'est pas terminée, elle peut me croire !

J'hésite à demander à Ayden de quelle fille il me parlait au téléphone, mais je vais éviter sous peine de lancer des rumeurs inutiles avec toutes les oreilles qui traînent autour de nous.

***

À la fin de la journée, la prof de français nous demande notre attention. Tout le monde est déjà prêt à partir, mais elle prend la parole :

- Comme vous avez certainement pu le constater, James Holliger n'a été là que très peu de temps depuis sont arrivée au sein de notre établissement. Je ne peux pas vous dire pourquoi, mais je sais qu'il traverse une période difficile. Je vous demanderais donc, s'il vous plaît, d'être attentif et de le guider ces prochains jours, ne le laissez pas seul. Plus il se sentira entouré, mieux ce sera, j'imagine. J'aimerais que vous preniez en compte ce que je viens de vous dire, ce n'est pas trop vous en demander, si ? elle sourit faiblement en finissant sa question.

- Mais on le connaît pas nous ! lance Nolan moqueur.

Je me tourne vers lui et le fusil du regard. C'est plus fort que moi, je ne peux pas les laisser parler de lui comme ça, je me sens encore une fois obligée d'intervenir.

- On apprendra à le connaître au fil du temps.

- Mais Anna, on a tous d'autres amis, on ne va pas rester avec lui juste pour lui faire plaisir ! intervient une voix venant du fond de la salle, c'est Valentin, c'est sûr que pour lui l'ouverture d'esprit, il connaît pas.

- Écoute Valentin, tu fais ce que tu veux, mais je suis sûre que si t'étais à sa place, tu la bouclerais à l'heure actuelle, ça ferait d'ailleurs du bien à tout le monde.

Mais Anna arrête de parler sans réfléchir !

La prof intervient avant que les autres n'aient le temps de prendre part à ce débat qui n'a pas lieu d'être.

- Stop vous deux ! Tout ce que je vous dis est très sérieux. Si vous voulez pas apprendre à le connaître, c'est OK. Mais faites un effort, c'est tout ce que je vous demande. Anna, calme-toi.

Je veux répondre mais personne ne m'en laisse le temps et ils s'agitent tous pour sortir.

Maria me rejoins et la voilà qui m'engueule à propos de ce que je viens de dire. Elle ne comprend pas pourquoi je prends sa défense à chaque fois. Quelle ironie.

Je prends mon téléphone pour voir si un message de Jay m'y attends. Pas de notifications. Il ne m'a rien envoyé aujourd'hui. Devrais-je le faire, moi ?

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant