Chapitre 7 - Anna

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J'ai raconté à Maria mon après-midi chez James. Elle ne m'a pas prise au sérieux au début, et a tenté de me mettre en garde en me disant de ne pas m'attacher. Je l'ai calmée tout de suite en lui expliquant que je ne suis qu'allée lui donner des cours, ce qui ne mérite pas non plus de s'emballer à ce point. Elle a tendance à confondre ses propres sentiments avec ceux des autres. Pour elle bien sûr, elle ne veut plus faire confiance à aucun être de la gente masculine depuis Mattéo.

Mais sa situation n'est pas comparable avec la mienne.

***

Ma mère rentre dans ma chambre sans prévenir alors que je suis en train de me mettre du vernis à ongles. Son entrée me fait déraper et j'en mets partout sur ma main. Bien joué, Anna.

- Il y a quelqu'un pour toi au téléphone, me dit-elle en me tendant mon portable.

Attendez, qu'est-ce qu'elle fait avec mon téléphone dans ses mains ?

- Qu'est-ce que tu fais avec mon téléphone ? je lui demande sur un ton mêlant étonnement et agacement.

- Tu l'as laissé en-bas, il sonnait, j'ai décroché, c'est tout.

Je lui arrache des mains et lui claque la porte au nez. Je déteste que l'on touche à mes affaires.

- Allô ?

- Bonjour, c'est bien Anna Delys ? demande une douce voix de femme à l'autre bout du fil.

- Oui, c'est moi. Et vous êtes ?

Il faut vraiment que je pense à suivre des cours de self-control, mon agacement s'entend dans ma voix, alors que j'aimerais paraître tout sauf agressive à ce moment précis.

- Je n'ai pas tellement d'importance pour le moment. Je voudrais juste savoir, tu étais bien avec James Holliger hier ?

- Qui êtes-vous ? dis-je effrayée, je me sens soudain épiée et observée.

- Réponds simplement à ma question, s'il te plaît.

Je réfléchis une seconde et me décide à dire la vérité à cette personne dont j'ignore absolument tout.

- Oui. J'étais avec lui, pourquoi ?

- Très bien, merci pour ta réponse. Je voulais juste te remercier, j'ai l'impression qu'il va mieux que d'habitude et je crois que tu y es pour quelque chose, alors merci. Je m'excuse de t'avoir dérangée, à bientôt, peut-être.

Elle a raccroché. J'y crois pas ! Je n'ai même pas eu le temps de lui répondre, ni de savoir qui elle était. Je suppose malgré tout qu'il s'agissait de sa mère et qu'elle n'a pas voulu me le dire pour ne pas mettre la honte à Jay. Je ne vois que ça.

Je lui en parlerai sûrement quand je le reverrai, je ne veux pas le mettre dans l'embarras.

Je crois que ma mère attendait derrière ma porte parce que dès je ne parle plus elle ouvre la porte pour me demander qui c'était, je lui mens en disant que c'était la mère de Jenny.

Je voulais appeler Maria, mais elle décline ma proposition car elle est au téléphone avec Mattéo.

Donc elle ne peut pas me parler parce qu'elle passe du temps avec ce connard. Il n'y a pas d'autres mots ! Je ne comprends toujours pas ce qu'elle lui trouve et surtout pourquoi est-ce qu'elle perd encore son temps avec lui ! Il va sérieusement falloir que lui parler, elle ne me laisse plus le choix.

***

Je sors et rejoins la maison d'Ayden, qui se situe juste deux rues plus loin que chez moi. On a l'habitude de rester dehors l'été, mais étant donné le froid qu'il fait actuellement on préfère rester dans sa cave aménagée. Il possède une toute petite maison mais avec une immense cave que ses parents ont redécoré rien que pour lui. On écoute de la musique et je lui parle des conneries qu'a fait Mint, mon chat, ces derniers jours. Il se tord de rire puis reprend son sérieux :

- Anna, d'après toi comment tu sais que c'est possible de demander à une fille de sortir avec toi ?

- Alors, ça ne m'arrivera jamais donc, je ne sais pas.

Il me regarde et comprend soudain pourquoi je lui ai dit cela.

- Très drôle, attends mais ne dis pas « jamais », t'en sais rien ! Bon, sérieusement réponds à ma question.

- Je sais pas, Ayden. Tu sais bien que ma vie sentimentale n'est clairement pas un exemple à prendre... Je n'ai jamais réussi à avouer à tu sais qui que je l'aimais bien, alors bon.

- Oui, enfin Anna là tu parles d'un gars de la sixième ! Ça fait six ans eh oh !

- Eh bien, ma vie sentimentale est chaotique depuis dix ans, il faut croire, dis-je en réalisant à quel point je paraît pitoyable.

- On ne parle pas de toi là, mais de moi.

- Oui pardon, raconte-moi.

Il détourne le regard et reste silencieux. Puis il me regarde comme s'il ne savait pas par où commencer.

- Disons que tu me connais mieux que personne, tu sais comment je réagis avec les filles, je les prends toutes pour des super potes et après elles pensent que c'est la friendzone assurée.

- Mon petit Ayden, ça c'est parce que tu fait croire à toutes les filles qu'elles sont tes potes. Tu as tellement peur qu'elles ne t'apprécies pas que tu te renfermes dans le rôle du « bon pote ». Je pense que tu devrais d'abord penser toi-même que tu peux désirer quelqu'un, autrement que juste faire une soirée entres potes. Il faut que tu éprouves le besoin d'être avec quelqu'un.

- D'après toi je dois vouloir à tout prix une copine pour en avoir une ? C'est un peu saugrenue, nan ?

Je me rends compte de ce que je viens de dire et effectivement, ce n'est pas sorti comme je le pensais.

- Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je voulais te faire comprendre que tu dois te sentir prêt, et ça viendra le moment venu avec la personne avec laquelle tu auras le bon feeling, tu vois.

- J'imagine que ça peut arriver à tout moment alors...

Mon téléphone vibre dans ma poche arrière et je regarde de suite la provenance du message.

Mon père. Disons que cela fait plus d'une semaine que je ne l'ai pas vu, entre ses horaires et les miens on ne s'est pas croisé, ou bien il dormait !

Il me propose d'aller courir avec lui, notre petit rituel. Je m'excuse auprès d'Ayden et rentre directement me changer.

Il nous arrive très souvent de courir ensemble, c'est un peu notre moment rien qu'à tous les deux. Parfois nos courses se transforment en marche à pieds tellement nous avons de choses à se dire, comme aujourd'hui. J'adore lui raconter tout ce qui se passe dans ma vie. J'éprouve un doux sentiment de sécurité à ses côtés, il est de très bons conseils d'ailleurs. Je m'empresse de lui raconter absolument tout à propos de Jay et la discussion est mouvementée.

Lorsqu'il m'annonce qu'il va bientôt partir en Afrique du Sud pour une mission humanitaire, je sens tout mon poids à chaque pas de plus que je fais. C'est une chose dont je ne m'attendais pas du tout. Il est déjà parti là-bas mais il y a plus de dix ans, je pensais qu'il ne repartirait plus.

Je profite alors doublement de ce moment, qui est si précieux à mes yeux.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant