Chapitre 6 - James

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J'envoie un simple message à Anna pour la remercier d'être venue. S'en suivent plusieurs messages jusque tard le soir. Avoir quelqu'un dans la maison m'a vraiment donné une sensation étrange. J'ai l'impression d'être avant. Pourtant, ce soir rien n'a changé, je suis toujours seul dans cette immense baraque à me demander pourquoi j'ai accepté de déménager ici.

Le piano au milieu de la véranda me fait de l'œil, ça fait de nombreuses années qu'il est sous ce drap. Mais le revoir me ferait trop mal. La douleur est encore si vive. Je n'arrive pas à me focaliser sur autre chose. Je sais que je n'arriverai pas à faire disparaître mes idées noires pour ce soir.

J'entends la porte claquer en-bas, et je me dis qu'elle est rentrée, c'est bon je peux dormir tranquille maintenant.

Mais le sommeil ne vient pas. Je sors alors mon carnet de sous mon lit. Des feuilles volantes glissent et tombent sur le sol, je les laisse où elles sont.

Une page blanche s'offre à moi et armé de mon stylo, je gratte le papier aussi vite que je peux. Je rature, je déchire et recommence, pour ne garder que ces deux phrases.

En regardant les étoiles, j'ai enlevé mon voile.
La peur au ventre, je me suis mis à nu mais personne ne m'a vue.

Écrire est devenue comme une thérapie, mais je garde cela pour moi. Personne n'a besoin de savoir ce qui se passe au plus profond de mon être. Personne n'a besoin de savoir que je brûle de l'intérieur. Je voudrais être n'importe où ailleurs qu'ici.

Mon esprit brûle mais je suis obligé de garder la tête froide malgré tout.

Comme si c'était le bon moment, à minuit passé, je vois mon téléphone s'allumer.

Lola.

Qu'est-ce qu'elle me veut en pleine nuit ? Je prends une grande inspiration et débranche mon portable du câble qui le chargeait.

Elle m'a envoyé un mème d'un couple se déchirant et se rapprochant. En gros c'est une photo qui se déchire et qui se reconstitue. A quoi elle pense en m'envoyant ça ?

Il n'y a aucun texte, elle m'a juste envoyé le gif. Elle savait très bien que j'allais l'ouvrir. Ma curiosité l'emporte toujours. Malgré tout je me dis qu'il va falloir que j'arrête de le faire. Je sais que c'est pour mon bien. Mais elle hante encore mes pensées. Surtout tard le soir. Elle sait que ce sont mes pires moments. Elle le sait. Elle sait pourquoi. Et elle en profite.

Je voudrais balancer mon téléphone à travers ma chambre, mais je sais par expérience que ce n'est pas la meilleure chose à faire. Mon ancien ne s'en est jamais remis.

Notre histoire avait pourtant si bien commencé, pourquoi est-ce qu'elle a tout compliqué ?

Je sais déjà que mes insomnies vont me coûter cette nuit, et il faut vite que j'occupe mon esprit avant de péter un câble. J'allume ma télé et je zappe, sans but devant l'écran.

C'est à ce moment où je me demande si Anna dort. J'aimerais savoir pourquoi elle a été si désagréable le matin et ensuite si gentille avec moi. Qu'est-ce qui l'a amené à accepté de venir chez moi, alors qu'elle ne me connaît pas.

C'est normal qu'elle se pose des questions, je suis venu et ensuite je disparais. Mais je ne pouvais tout simplement pas, c'était trop dur pour moi de retourner en cours, tout le monde a l'air heureux. Personne ne semblait se douter de quoi que ce soit, je suppose que Mme Lopez n'a rien dit à personne. Je lui en suis reconnaissant, je crois.

Mon esprit divague, je crois que je n'ai plus les idées claires parce que je remarque avoir envoyé un sms à Anna.

« T'es la première personne à avoir fait attention à moi. »

Je reçois directement une réponse :

« Normal, à cause de toi j'étais en retard lundi je te rappelle. »

Son insolence me fait sourire et je rédige une réponse aussitôt :

« On dort pas, même à 2h ? »

« Je voulais savoir la fin de mon livre. Toi ? »

« Sérieux ? Tu lis toute la nuit ? Juste pas envie de dormir. »

« Nan, j'ai fini, je vais dormir. Tu devrais aussi, bonne nuit ! »

Je réponds par un simple « bonne nuit » et éteins mon téléphone. Couché sur mon lit, les yeux grands ouverts, je me mets à rêver de rejouer du piano. Et soudain une vague sensation de chaleur s'empare de moi. Je repense à Anna, je ne suis pas certain de réussir à la cerner.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant