Chapitre 5.

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CINQ

Céline.

Ah, c'est comme ça
ça plonge et ça vire
Ah, ah, faut que j'moove
Et ça gêne
quoi, quand y a pas de plaisir

Rita Mitsouko

Lorsque Cyril fut parti, Céline ne parvint pas à s'endormir, et demeura longtemps seule sur le canapé, en compagnie d'un verre de Cognac. L'esprit affaibli par la solitude qu'elle ne parvenait toujours pas à supporter, même pour un soir, elle partit dans une rêverie qui la conduisit à tenter de retracer le cours de sa vie.

Céline, 35 ans, Journaliste pigiste. 

Aime porter une jupe courte en toute saison.

Aime que les hommes se retournent sur son passage, puis les ignorer superbement.

J'aime dominer, se dit-elle. J'aime être en charge, décider, obliger les autres. J'ai toujours été comme cela, un peu garçon manqué. C'est cela qui n'a pas collé entre Cyril et moi; on voulait tous les deux dominer l'autre. C'était une guerre sans fin, un combat permanent, ridicule et inutile. Je n'y arrive pas, je ne peux pas me laisser faire, m'abandonner à l'autre. Je n'en ai pas envie, pas besoin non plus. Avec Nataly  ce genre de question ne se pose pas, on est égales, deux femmes, point barre. Bien sûr c'est moi qui décide de tout, mais on en discute quand même beaucoup....

Ses pensées revinrent vers Cyril. Elle se dit qu'elle ferait bien de l'interroger plus avant sur sa passion pour les cordes; elle ferait un bon article sur le sujet. Le BDSM, c'était à la mode, c'était branché en diable. Bondage, Domination, Sado-Masochisme, cela égayait sans doute la triste sexualité du cadre moyen après une dure journée de labeur. L'affaire des  jeunes femmes décédées durant une «séance» avait même fait l'objet d'un article sur le bondage dans Le Figaro! 

De plus en plus de cours se développaient, dont Cyril avait été l'un des premiers à tirer parti; ses formations d'une journée avaient un succès énorme, et partout dans Paris les anciens sex-shops étaient remplacés par des boutiques branchées à l'esthétique plus ou moins réussie dans lesquelles les sex-toys étaient présentés comme des pâtisseries de luxe. Cela perdait un peu son petit frisson de l'interdit, mais cela déculpabilisait pas mal de gens, à en juger par l'affluence.

Elle n'avait pas sommeil. Il fallait qu'elle dirige ses pensées vers autre chose, vite. Son article. Fouiller ce milieu du Sado-Masochisme. 

Un microcosme; les gens parlent, forcément, et se connaissent tous; une communauté.

Elle alluma son ordinateur, tapa «forum BDSM» sur Google. Google, le meilleur ami du journaliste. Quarante et un million cinq cent mille réponses en zéro virgule seize secondes....  Voilà qui promettait!

Elle laissa de coté les sites personnels, qui racontaient par le menu les relations d'un Maitre particulier avec sa soumise (parfois ses soumises!) particulière, pour s'intéresser à ceux qui favorisaient les rencontres. 

Tiens, «La Kommunauté, forum BDSM»... Pas de quoi fouetter un chat; une communauté, effectivement, un groupe de personnes qui discutaient entre amis autour de leur passion commune. Rien de fondamentalement différent des groupes d'écriture, de poésie ou de cuisine... Un autre sujet, simplement.

Beaucoup de témoignages, qu'elle lut tous. Une plongée dans un univers étrange, décalé, qu'elle prit un certain plaisir à explorer. La plupart des auteurs montraient par ailleurs une assez belle plume, cherchant à chaque fois à exprimer le plus justement possible leurs ressentis, à partager au mieux leur expérience.

Le besoin de se raconter était étonnant. Comme si, à chaque fois, l'importance de l'évènement était telle qu'il fallait la revivre, à froid, en l'analysant. L'ensemble des témoignages aurait fourni de quoi produire une étude circonstanciée sur ce milieu par un chercheur en sciences humaines.

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