Chapitre 3.

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TROIS.

Cyril.

Dans les embouteillages, tu penses autant au temps qu'au temps Où tu n’auras plus d’ongles et où tu te rongera les dents
Les Harley à crédit, les Japonaises débridées
Passent entres les camions citernes et les 4L

De pompiers.

Sanseverino.

Il avait  toujours aimé les deux-roues. Le vélo enfant, la mobylette à quatorze ans, la moto depuis vingt ans, et puis la voile, aussi. Il ne se déplaçait qu’en équilibre. La moto, c’est malin, c’est mobile, c’est fluide. Tenir debout grâce à la vitesse, cela évoquait le ski, la glisse. La moto, c’est la dernière rébellion possible dans une ville comme Paris. Le dernier moyen d’être un tant soit peu en contact avec le réel,  le froid, la résistance du vent, la pluie, les poids, les forces. 

Certains matins pluvieux de Décembre, il pouvait rire sous son casque, grelotant de froid, cherchant sa route à travers la pluie, tant cela le transportait hors de la ville, jusqu’à la mer, le bateau, la tempête. 

Tout le contraire de la voiture, qui se conduit presque toute seule. Une voiture se conduit, une  moto se pilote. En voiture on ne ressent plus rien; pas de froid, pas de chaud, pas de pluie. C’est dangereux; quand il pleut les automobilistes conduisent de la même façon qu’en plein été, ils ne changent rien. L’adhérence est infiniment moindre, mais ils sont toujours à touche touche, et roulent trop vite.

Ce Lundi, il pleut sur Paris. Petite pluie glacée, pénétrante de Février. Sale. Il roule tranquillement; il n’est pas pressé, il est plutôt en avance, comme toujours.

Place de la Bastille, il s’arrête au feu. Un crissement de pneus se fait entendre; le temps de regarder dans son rétroviseur et hop, une voiture le frappe par l’arrière et le fait chuter sur le pavé gras et humide, éparpillant le contenu de son porte-bagages sur plusieurs mètres alentour. Une chute; du plastique cassé, un genou douloureux, rien de bien méchant. Une humiliation profonde pour l’Homo Erectus, cependant.

Une belle femme blonde sort catastrophée de l’inévitable Mini noire. Il semblerait qu’il existât une forme d’harmonie secrète, d’accord tacite, entre les belles blondes et les Mini noires.

Il est à terre, elle est debout, penchée vers lui; une vue en contre-plongée sur ses longues jambes de blonde bien entretenue. Un bref aperçu de la naissance de sa poitrine bronzée, également. Un peu de chance, dans son malheur.

-Vous n’avez rien?  Demande-t-elle, stressée. 

Il n’a pas envie de répondre tout de suite. Il ne veut pas la laisser partir à si bon compte; malgré le choc, ou à cause de lui, son cerveau fonctionne à sa vitesse maximale. C’est une très belle femme, avec ses yeux noisette aux reflets verts, pour lui qui se promènait dans la circulation urbaine comme un écureuil, vif et craintif. 

Une femme qu’on ne laisse pas si facilement échapper. Un écureuil et des noisettes, cela se marie bien, non?

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