Prologue.

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95 fois sur cent.

Livre premier.

La mer en perfusion.

«Quatre-vingt-quinze fois sur cent,

La femme s'emmerde en baisant»

Georges Brassens.

PROLOGUE.

C'était un bel été. Nous étions au mouillage, sur l'ile d'Hoedic, en Bretagne sud. Men Du était notre premier voilier, une Corvette de sept mètres cinquante. Mon épouse et moi étions en vacances, en croisière, cabotant d'île en île. Mer belle, soleil, nous étions assez proches de l'idée que l'on peut se faire du paradis.
A la tombée du soir, nous avons vu arriver un splendide catamaran, gigantesque, mais extrêmement rapide et fin. Après une manoeuvre magnifique, à l'ancienne, tout à la voile, le bateau a jeté son ancre, près de nous.
C'était l'heure de l'apéritif, Nadou fabriquait de délicieuses odeurs en cuisine, la radio diffusait cette chanson de Georges Brassens, que nous adorions. Cinq personnes étaient à bord du grand oiseau: trois femmes et deux hommes, les peaux tannées de soleil, éclatants de santé et de bonheur. Notre propre bonheur, d'un seul coup, s' était trouvé un peu ratatiné.
Au petit matin, après une belle nuit, bercé par les flots, j'observais le catamaran avec attention, pendant que ses occupants dormaient encore. Le bateau était propre, rangé, comme s'il était paré pour être visité par un acheteur potentiel. 

Tous les bouts étaient lovés à la perfection, comme sur un bateau-école de la Marine Nationale. Un ravissement pour l'oeil du marin, d'autant qu'une attention toute particulière avait été portée à leur texture ainsi qu'à leurs couleurs: des cordes de chanvre, écru pour le gréement courant, noir pour les manoeuvres. Etonnant pour un bateau si moderne, mais le contraste était plutôt une réussite. Et puis le contact du chanvre est si agréable sous les doigts...
Nous avons levé l'ancre dès le petit déjeuner avalé: nous avions une longue route à faire avant de rejoindre Belle-Ile,
Au soleil couchant nous pénétrions enfin dans le ravissant port de Sauzon. Notre faible tirant d'eau nous permettait de naviguer tranquillement au moteur jusqu'au fond de la ria, tout en admirant comme pour la première fois la beauté des façades colorées de la ville.
Notre surprise fut grande, quelques instants plus tard, de voir surgir à nouveau, loin sur l'horizon, nos voisins d'hier.
Pratiquant à nouveau la même manoeuvre à la voile, dans le silence du soir, le grand oiseau se glissa à nos côtés.
J'avais fort envie de monter à bord, de visiter ce navire qui, à coté de notre Corvette, avait des allures de palace, nous qui nous contentions d'un seau pour tout WC...
Le prétexte m'en fut fourni par notre pêche miraculeuse du jour: une douzaine de beaux maquereaux suicidaires s'étaient rués sur notre traine. Les enfournant dans notre plus belle casserole, je chargeais l'annexe pour me rendre à leur bord, et leur offrir ces poissons dont nous ne savions que faire.

L'accueil fut chaleureux, le bateau une merveille. Je craignais un décor d'intérieur de caravane, courant sur ce type de bateau, mais il n'en était rien. Le confort était dans l'espace, immense, qui s'offrait à mes yeux. Mon petit navire aurait pu tenir tout entier dans le  seul cockpit.
Tradition maritime autant que bretonne, un ty-punch me fut rapidement offert. Alors que je m'extasiais sur la cuisine, qui comportait un réfrigérateur, un four et un congélateur, entre autres merveilles, les occupants me firent part d'une invitation à dîner à leur bord.
Ravi, je remontais dans l'annexe pour ramener Nadou.


Cette soirée est restée gravée dans nos mémoires de façon indélébile. Le repas fut somptueux, nous avions pris une douche à bord, et la soirée s'était prolongée en longues discussions.
La mer facilite les rencontres rapides. Deux personnes qui partagent la même passion pour la voile ont forcément beaucoup à se dire.
Nadou et moi nous nous lancions des regards interrogatifs: durant notre douche commune nous avions joué à deviner qui était en couple avec qui, et quelle femme était seule. Mais plus la soirée passait, plus les cartes se brouillaient : chacun s'embrassait, se jetait des regards enamourés, se montrait une grande tendresse mêlée de respect.
Nadou s'était résolue la première à poser la question.
Ils étaient tous partis d'un grand éclat de rire, et nous avaient conté leur histoire.
Leur longue histoire.
Leur incroyable histoire.

Bien des années plus tard j'ai tenté de mettre tout cela sur le papier. J'ai comblé les manques, par une enquête minutieuse le plus souvent, par des inventions quelquefois.

En voici le récit romancé.


Bonjour à tous et merci de melire ! Cette histoire a plus de 67 000 lectures et pourtant ellen'est pas classée... Si quelqu'un peut m'expliquer, d'avance merci !

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