7.1 : Le fantôme des montagnes

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   Note : j'aimerai beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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   Je travaille le reste de l'après-midi, ayant réussi à mettre de côté le problème "Incarnations". Puis, une fois mon travail fini, je me décide enfin à éplucher les livres sur la panthère des neiges que m'a procurée Gwen, un cahier ouvert à côté de moi pour prendre des notes. J'apprends au fil de ma lecture que la panthère des neiges est surnommée le "fantôme des montagnes" car elle est observée très rarement par les Hommes. C'est une espèce qui vit à plus de 4000 mètres d'altitude dans les montagnes d'Asie, principalement dans l'Himalaya. Malgré moi, je suis subjuguée : ce félin est adapté à tous les points de vue pour vivre sur les pics rocheux. Sa queue qui fait presque la taille de son corps sert de balancier, ses pattes arrières puissantes lui permettent de faire des bonds de près de six mètres et ses pattes larges sont adaptées pour se déplacer dans une épaisse couche de neige. Sur les photos que je voie, elle descend des parois presque verticales avec une agilité extraordinaire. Je m'empresse de regarder des vidéos que je trouve sur Internet et je suis conquise. C'est le plus bel animal sur lequel je pouvais tomber. Je soupire, heureuse. La panthère des neiges symbolise à la perfection mon amour pour l'hiver et pour la montagne.
   La panthère des neiges n'est pas un félin très grand : il atteint les soixante centimètres au garrot et mesure un peu plus d'un mètre sans compter la queue. Toutefois, le territoire de mon Incarnation est, au contraire de sa taille, immense : jusqu'à des centaines de kilomètres carrés. Et cet immense territoire, la panthère l'occupe seule. C'est un animal très solitaire d'après ce que je comprends, et de ce fait, lorsque deux congénère se croisent, la rencontre n'est pas toujours pacifique, loin de là.

   Le soir, à table avec ma tante, j'expose mes plans d'avenir.

— C'est clair que je ne vais pas faire mes études ici. Je vais tenter Sciences Po et voir ce que ça donne.

— Tu veux tenter Paris ou les IEP de province ? me demande Amina entre deux bouchées.

— Je vais voir en fonction de mon niveau.

Un silence s'installe, étrangement pesant. Je n'en ai pas l'habitude, surtout avec Amina, et cela me rend mal à l'aise. Lorsque je relève les yeux vers elle, je remarque qu'elle me fixe, les sourcils froncés.

— Dis moi Adéliane, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui te tracasse en ce moment. Tu m'as l'air fatigué, moins joviale que d'habitude... et je me fais du souci.

— Ah, lâché-je en décortiquant mon magret de canard.

Et c'est à ce moment que j'hésite ? Dois-je tout lui raconter ? On m'a toutefois prévenu : si je dis un mot à quelqu'un, les conséquences seront lourdes. Mais comment peuvent-ils nous contrôler à ce point ? Je doute qu'ils en soient capables. Peut-être était-ce pour nous effrayer ? Il me revient également que chaque Incarnation a des compétences spéciales et que des Mages aident les Incarnations. De ce fait, et parce que j'ignore aussi tant de choses, je me tais.

— C'est rien, ça va s'arranger.

Ma tante soupire, mais n'ajoute rien.

Après ma journée de cours du lendemain, je retrouve Mila à la sortie pour notre rendez-vous devenu presque quotidien. J'adresse un dernier signe de la main à Julie et nous nous éloignons.
Lorsque nous arrivons au Repère, nous sommes surprises par le monde qui s'y trouve : j'aperçois Dumbledore, Gwen, Guillaume, le Premier, Neil et beaucoup d'autres. J'en connais certains de vue, mais des visages me sont complètement inconnus. Ils se trouvent tous à l'extérieur, discutant en petits groupes. Certains rigolent, d'autres se chamaillent ; il me vient à l'esprit que tout ce monde forme une communauté, presque un petit village. Il y a les chefs et ceux qui obéissent, et de multiples personnalités liées à des origines diverses. Et nous sommes tous connectés les uns autres par ce lien étrange qui nous permet de nous "sentir", de percevoir les émotions qui se dégagent de telle ou telle personne. Pour la première fois, je ne ressens ni le doute, ni la peur, ni le dégoût que m'avait inspiré ce monde au début, mais plutôt une sorte d'émerveillement. C'est rassérénée par cette pensée que Mila et moi nous incluons dans le petit groupe que forment les nouvelles Incarnations. Je repère du coin de l'œil le garçon hautain dont l'Incarnation est un taureau et me focalise sur mes autres "congénères".
Yohann est la seule autre personne de notre groupe de nouveaux à posséder un félin - l'ocelot - comme Incarnation. Discrètement, je dévisage avec attention ses cheveux noirs qui encadrent un visage ovale sur lequel rôdent quelques tâches de rousseurs. Son regard vert d'eau d'une rare beauté est limpide, mais à la fois profond. Soudain, ses yeux s'éclairent tandis que leur possesseur se fend d'un sourire.
   Je secoue la tête pour me concentrer et balaie la foule du regard. Je constate alors une chose qui peut paraître frappante s'il on y fait suffisamment attention : personne n'est laid, chacun est beau. Plus ou moins selon moi, mais c'est un avis subjectif induit par mes goûts et critères de beauté. Cette révélation me percute de plein fouet : à chaque fois que je dévisage une personne, un charme particulier et unique s'en dégage.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant