Chapitre 31 - Elys

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Il ouvrit les yeux. 

Au pied de son lit, ses parents le regardaient avec une mine sévère, assis chacun sur des sièges qu'il n'aurait jamais installé de lui-même dans sa chambre. Il n'aurait jamais choisi des meubles aussi ternes et stricts, et il y aurait installés de belles Doréa maléfique en fleur - pas ses parents. 

- Tu nous déçois encore, Elys, siffla son père. D'abord ce tapage à l'école des maîtres marchants, ensuite ... ça ?

- Cesse donc d'attirer l'attention sur toi de cette façon, c'est indigne, vraiment, confirma sa mère en secouant la tête.

- Peut-être que partir de la Botte pour faire ces stupides études de botanique à Aradhis te fera prendre conscience de la réalité.

- Mais ne vient pas pleurer chez nous dès que tu auras compris où ces idioties sont en train de te mener.

- Nulle part.

- A ta mort. 

Ils se levèrent, et attrapèrent chacun un oreiller qui n'était pas là quelques secondes plus tôt. Il les regarda s'avancer vers lui des deux côtés du lit, et plonger leurs yeux blancs sur lui.

- Ne reviens pas, Elys.

- Ne reviens jamais.

Les deux oreillers ne firent plus qu'un et s'écrasèrent sur son visage. Il se sentit étouffer, et essaya de repousser les oreillers, mais ...

Ce n'était pas réel, tout ça, n'est-ce pas ?

Premièrement, il était aveugle. Il ne pouvait pas avoir vu ni sa chambre, ni ses parents, ni les oreillers. 

Deuxièmement, ses parents étaient morts. 

Il se réveilla, le souffle court, et sentit aussitôt le pas d'une bête à quatre pattes qui se déplaçait sous lui. Sa tête était tournée vers le bas, et il avait l'impression que sa peau était écorchée à plusieurs endroits. Il avait du mal à discerner les sons qui l'entouraient, surtout lorsqu'il se concentrait - ce qui signifiait qu'il était de nouveau dans la forêt, et plus entre les murs de la ville des enfants de Kor Kor. 

Il déglutit, et laissa son esprit errer ...

Après quelques secondes, il entendit une voix qu'il ne comprenait pas, mais qui semblait en colère, et le toc-toc des six pattes des montures des Maegis. Il arrivait à sentir quelques odeurs, aussi : des écorces inconnues, quelques parfums floraux, un relent de métal et de sueur ... mais son nez n'était pas aussi fin que celui d'Iro. Il était incapable de deviner combien de personnes l'entouraient, même avec l'aura que produisait leur essence magique. Elle était bien trop écrasante - il n'avait aucun doute que chacun de ses ravisseurs était un mage qui surpassait de loin tous les Maegis qu'il avait pu rencontrer dans sa vie.

La seule chose dont il était péniblement et douloureusement certain, était que ni Iro, ni Lylia, ni Lupa n'étaient là avec lui.

Il était seul.

Il laissa échapper un sanglot, puis un second, puis arrêta de compter. Il était seul, prisonnier, et n'avait même pas envie qu'on vienne le sauver. Ce serait trop dangereux, et il n'en valait probablement pas la peine ... quelqu'un d'autre de plus compétent serait envoyé pour récupérer la prochaine bénédiction. Mais pour lui, c'était fini. Et pour la petite princesse qui n'était pas encore née aussi ... 

Les Maegis n'avaient même pas mis de chaînes ensorcelées autour de lui pour l'empêcher de fuir ou de se défendre. Ils savaient qu'il n'était pas une menace et n'avait aucune chance de s'en sortir seul. Et Elys le savait aussi.

Une fleur pour le roi [Terminé]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant