Chapitre 30 - Lupa

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Lupa cligna des yeux, et posa un sabot sur le sol.

Puis un autre.

Puis encore une fois.

Et encore.

Elle lâcha un gémissement de douleur. Son poignet était tordu à un angle qu'elle n'avait jamais vu avant. Elle avait si mal qu'elle aurait préféré ne plus jamais bouger, disparaître et se fondre dans le décor, pourvu que la douleur l'oublie.

Alors pourquoi avançait-elle encore ?

Lorsque le mur avait tremblé, elle était tombée par le plancher, Lylia accrochée contre elle, et ensuite ...

Un sanglot s'échappa de ses lèvres. Elle trébucha, et le choc dans ses jambes lui pinça le dessous des sabots. Elle n'avait jamais eu mal sous les sabots, avant - elle ne savait même pas que c'était possible.

Après être tombée dans le trou ... elles ont réussi à rejoindre Elys. Mais Iro ... Iro n'était plus là. Il n'était pas tombé, lui. Et c'était trop tard pour le chercher. Ensuite, des Maegis sont arrivés, et là ... Lupa avait merdé. Elle était restée par terre, alors que Lylia s'était relevée, avait réussi à voler une des montures aux ennemis, et s'était battue pour les défendre aussi longtemps que possible. Mais ensuite ... 

Ensuite, quoi ? Où était Lylia, maintenant ? Et Elys ? Et Iro ?

Lupa savait qu'elle aurait du mourir. Si elle tenait encore debout, c'était juste un gros coup de chance. Précédé d'un gros coup sur la tête qui l'avait envoyé roupiller dans un coin. 

Elle tituba dans le couloir. Elle n'avait aucune idée d'où elle se trouvait exactement, et elle ne reconnaissait aucune des personnes vivantes qui s'affairaient autour des blessés graves.

Elle aurait préféré pouvoir en dire autant des morts.

Là, la garde avec un seul oeil, qui avait lu des rouleaux illustrés en surveillant leur chambre, le premier jour.

Ici, le gnome qui lui avait donné des pâtisseries à amener à Lylia après le combat.

Un des Branas qui était assis juste à côté d'eux, à peine quelques instants plus tôt.

Elle avait l'impression de marcher dans une sorte de rêve, la mauvaise sorte, ceux qui auraient pu être un cauchemar si seulement elle avait les mots pour dire ce qui n'allait pas, mais elle ne savait pas. Elle savait juste que rien n'allait, du tout, du tout, du tout - et que rien de ce qu'elle voyait ne pouvait être vrai.

Elle ne voulait pas les regarder, les morts, pas les voir - parce que si elle regardait ... et si elle voyait Iro, Elys ou Lylia ? Nir ou Aza ? Elle ne pouvait pas les voir, alors elle ne devait pas regarder - mais c'était plus fort qu'elle. 

Elle déglutit. Les Maegis ... ils ne laissaient pas de trace, quand ils mourraient. Si Elys ou Lylia étaient tombés, alors il n'y aurait aucune preuve, comme s'ils n'avaient tout simplement jamais existé.

Lupa s'arrêta. Elle n'avait aucun souvenir d'avoir descendu un escalier, et encore moins de comment elle aurait pu réussir à le faire sans tomber dans son état, mais elle était arrivée tout en bas, à l'entrée de l'arène.

Ses yeux se posèrent sur le charnier qui la recouvrait. Pendant quelques secondes, elle regarda sans voir, la bouche entrouverte et les bras pendus sur ses côtés. Puis elle se pencha en avant, et vida plusieurs fois son estomac dans le sable.

Les jambes tremblantes, elle s'éloigna, sans y réfléchir, l'esprit aussi vide que son corps. Un pas après l'autre. 

Elle entendit, à demi masquée par le bang-bang de son sang dans ses oreilles, deux voix familières - Iro, et Mehir. Elle avança vers la source des voix, un pas après l'autre, une main sur le mur encore intact pour se guider.

Une fleur pour le roi [Terminé]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant