Le Réveil de Levinston

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La journée s'était étirée, monotone et sans alarme. Michel avait beaucoup lu, et avait dormi un moment dans un fauteuil. Lorsqu'il se réveilla, ankylosé comme au matin, le soleil n'était déjà plus qu'une tache de sang à l'horizon. Il ressentit la même angoisse qu'à son lever.

Il ne mit pas de temps à retrouver l'interphone et appela Marcel. Celui-ci répondit immédiatement. « Vous avez besoin de quelque chose ?

— Je me suis endormi. Il y a des nouvelles ?

— Non. Ils ne seront pas debout avant quelques minutes encore. »

Quand Michel se retourna, un homme se tenait devant lui, dans l'embrasure de la porte, et le regardait fixement.

« Monsieur Grandbois...

— Bonsoir, monsieur Levinston.

— Vous êtes de la famille, vous pouvez m'appeler Albert. La journée s'est bien déroulée ?

— Tranquille, je vous remercie.

— Très bien. Désirez-vous un verre ? » Levinston désigna de la main un bar massif au comptoir de métal surmonté de pierre noire.

« Non merci, répondit Michel, mais ne vous privez pas pour moi... »

Levinston lui sourit. « Je ne bois jamais... de vin. » Il appuya son commentaire d'un clin d'œil et alla s'asseoir.

L'inconfort de Michel n'avait fait que croître depuis que son hôte était entré. Levinston n'avait pourtant rien de menaçant. De grande taille, sans toutefois égaler Michel, il était le raffinement incarné. Son habit, de couleur charbon et d'une élégance parfaite, était certainement confectionné sur mesure. Son menton symétrique était pourvu d'une courte barbe taillée avec soin. Tout chez lui témoignait de cette attention au détail, des sourcils délicatement épilés jusqu'aux dents d'une blancheur publicitaire. Lorsqu'il regarda l'heure à sa montre, Grandbois put voir qu'elle était en argent.

« Grimaldi doit se lever en ce moment même. J'ai toujours été plus rapide que lui. »

Plus ancien aussi, pensa Michel. Il semblait plus pâle, plus étranger encore que Grimaldi.

« Vous êtes dans la politique ?

— Ça m'arrive... »

Levinston ne souligna pas la perspicacité de son jeune invité. Il se prenait sans doute pour une célébrité. « Grimaldi m'a dit qu'il chercherait à contacter Nideck le plus tôt possible. Il faudra donc attendre le bon vouloir du baron pour quitter cet endroit. En attendant, sentez-vous à l'aise. Vous êtes sûr que vous ne voulez rien boire ? Il y a des alcools ici que vous risquez de ne pas avoir l'occasion de goûter ailleurs. D'ailleurs, si vous êtes admis dans la famille, vous ne pourrez plus boire quoi que ce soit. À part... Mais vous voyez de quoi je parle, j'imagine... »

Michel fit signe qu'il comprenait.

« Alors ? J'ai un single malt de vingt ans, un tawny de trente ans, quelques cognacs plus chers que ce fauteuil.

— Un cognac alors. »

Levinston se leva. Michel avait remarqué que Marcel était entré, restant près de la porte. Le maître de maison assurait son propre service. « Vous avez une idée de qui vous poursuivait ?

— Pas la moindre. Grimaldi est parvenu à en attraper un, mais il a brûlé avant de parler.

— Je sais, répondit Levinston en choisissant un ballon énorme dans une armoire de verre. Grimaldi m'a raconté. Ceux qui vous pourchassent ne sont pas n'importe qui. »

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !