Chapitre 1 :
14 février 2014 - 22h
Quand je sors du restaurant le froid s'enroule autour de mon corps et me compresse la poitrine. Ça fait du bien parce que je sais que ça ne durera pas, que ce n'est qu'un intermédiaire entre deux moments magiques de cette soirée : notre repas en tête à tête et le retour à la maison. J'ai le sourire sur les lèvres et de la joie dans le coeur. Je me sens bien. J'attrape le bras d'Antoine et nous avançons tous les deux, soudés l'un à l'autre. Physiquement. Mais moralement aussi. C'est tellement bon d'être ensemble. Nous avons fait tellement de projets ce soir et croyons fermement en leur réussite. Nous sommes au début d'une merveilleuse aventure qui verra l'aboutissement de nos rêves. J'ai tellement hâte de la vivre que je pourrais hurler. Je n'en fais rien bien sûr. Je me contente de sourire à en avoir mal à la mâchoire. Nous avançons dans la nuit, sans parler. Nous nous sommes déjà tout dit pendant les quelques heures qu'a duré le repas. Ou presque. Brusquement, un petit quelque chose grignote mon esprit. Je le repousse. Je ne veux pas y penser. Je ne veux rien qui vienne gâcher ce moment. Antoine s'arrête soudain, il me fait pivoter dans ses bras et lève mon menton vers lui. Il est plus grand d'une tête que moi et j'aime ça. C'est parfait pour me lover dans ses bras et m'y sentir en sécurité. Nos lèvres se rejoignent en un baiser doux qui se transforme bientôt. Plus insistant. Je me presse contre ce corps que je connais si bien. Dix ans de mariage... Nos langues se croisent un instant. De la buée s'échappe autour de nous et crée comme un cocon dans lequel nous pourrions rester des heures.
- Faut qu'on rentre...
C'est ma voix qui vient briser le charme. Je m'en veux immédiatement. Mais on nous attend.
Antoine sourit et me serre plus fort.
- Je t'aime, murmure-t-il.
Je sais tellement que c'est vrai que les larmes me montent aux yeux. Je respire profondément pour les chasser. Je ne me laisse pas pleurer facilement. Antoine passe une main dans mes longs cheveux blonds et plonge son regard noisette dans le bleu du mien. Je sens faiblir ma résolution de me remettre en route. Nous ne pouvons pourtant pas demeurer au beau milieu de la route, campés dans le froid. Je frissonne, sans savoir s'il s'agit de la température ou de la perspective de recevoir d'autres baisers. Antoine sourit de plus belle.
- Ok Juliette, on y va...
Nos bras se raccrochent l'un à l'autre. Et nous repartons. De nombreuses voitures sillonnent la route. Nous profitons d'une accalmie dans le flot et traversons en courant, sans attendre le feu vert. Je ris.
- Ça va, tu n'as pas froid ? demande Antoine.
Je secoue la tête. Si bien sûr j'ai froid, mais ce n'est pas gênant. Et même si le repas était tout en finesse, je suis contente de pouvoir marcher un peu avant de me coucher. Je me demande quelle heure il est. Impossible de chasser complètement la question de l'horaire de ma tête. De ma main libre, je fouille dans mon petit sac à main. J'en sors mon téléphone portable. Je déteste les montres. Avoir l'heure accrochée à mon poignet, ce n'est pas pour moi même si je conviens que c'est pratique.
Pas de messages sur l'écran. Tout doit donc bien se dérouler à la maison. Il est 22h tout pile. Nous avons une demi-heure pour rentrer, ce qui est largement suffisant. Même à pieds. Nous n'avons pas pris de voiture, car nous n'en avons tout simplement pas. C'est tellement mieux de s'en passer. Pour notre budget d'abord et puis pour l'écologie ensuite. Voilà un point sur lequel peu de nos amis nous comprennent. Je fronce les sourcils. Je m'en fiche en réalité. Ils peuvent penser ce qu'ils veulent, j'aime ma vie ! Et je l'aime encore plus particulièrement ce soir.
Je songe à nouveau aux multiples projets que nous avons griffonnés dans mon carnet pendant le repas. Que j'ai hâte de me lancer ! De voir si nous allons réussir aussi bien que ce que nous l'espérons.
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Si j'avais su...
General FictionMes yeux papillonnent puis se referment dans une tentative vaine pour gagner un instant supplémentaire d'inconscience. Je me recroqueville sous le plaid qui m'entoure. À la recherche d'une onde de douceur. J'essaie de me raisonner. J'ai trente ans...
