Épisode 2

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2. Douai, Nord
Musique : Birds – Imagine Dragons


La voix masculine dans le haut-parleur fait sursauter Déborah. La jeune femme aux longs cheveux d'un roux flamboyant s'immobilise au milieu d'une allée.

Mesdames et messieurs, votre attention s'il vous plaît. Le gouvernement venant d'annoncer un couvre-feu pour 22 h, nous vous demandons de bien vouloir quitter les lieux dans le calme et de rentrer chez vous. Les libraires sont priés de laisser leurs livres et leur matériel, à l'exception de leur caisse et des objets de valeur. N'oubliez pas vos effets personnels. Les auteurs voyageant en train sont invités à se rapprocher de leur éditeur ou des bénévoles afin d'organiser leur retour à la gare. En cas de questions, nous nous tenons à votre disposition à l'accueil.

Le micro est à peine coupé que les visiteurs, figés sur place, se remettent en mouvement afin de gagner la sortie. Les chaises raclent sur le sol, les gens commentent l'annonce. Heureusement, il n'y avait plus grand-monde dans les allées vu l'heure tardive ; une douce torpeur s'était emparée du gymnase, un peu comme la fin d'une fête, paisible et joyeuse.

La jeune femme soupire et regarde autour d'elle. La salle se vide peu à peu dans le calme, si bien qu'il ne reste plus que les bénévoles, comme elle, les éditeurs et les auteurs. Déborah a intégré cette année l'organisation de ce petit festival du livre qui existe depuis dix ans maintenant ; elle y déambulait déjà en tant que visiteuse lors de la toute première édition quand elle était étudiante. L'événement est bon enfant, avec une vingtaine d'auteurs invités et des centaines de titres en tout genre, une ambiance joviale qu'elle apprécie particulièrement. Jamais elle n'aurait imaginé que cela se termine dans une telle précipitation.

— Ah, Deb, je te cherchais !

Sabrina, la présidente de leur association, la rejoint en vitesse, l'air préoccupé. C'est une petite femme d'une soixantaine d'années aux cheveux gris, une dame énergique qui se démène comme elle le peut pour faire vivre le festival. Elle était autrefois la directrice de l'école primaire dans laquelle Déborah enseigne aujourd'hui.

— Tu sais ce qui se passe ? lui demande la jeune femme.

— Pas du tout. Ils clament l'instauration d'un couvre-feu à la télé, à la radio et sur Internet, mais je n'ai pas compris pourquoi. J'espère qu'on n'est pas en guerre.

Le ton se veut léger, mais Déborah sent bien que Sabrina est soucieuse. Elle observe ses troupes les sourcils froncés, s'assurant que chacun obéisse aux ordres donnés.

— Tout le monde n'aura pas le temps de rentrer avant 22 h, déplore Déborah. Comment ils espèrent que ce sera bien le cas ? Les auteurs viennent de partout en France...

— Les militaires devraient se montrer indulgents, je suppose. On ne peut pas faire de miracles.

— Attends... Les militaires ? C'est quoi ce délire ?

— Ils envoient l'armée pour que les gens restent confinés chez eux. Je n'en sais pas plus.

Sabrina garde les yeux dans le vague le temps d'une seconde ou deux, puis elle secoue la tête comme pour reprendre ses esprits. Elle ajoute ensuite :

— On aura sans doute plus d'informations plus tard. Ah, voilà Cédric.

Elle interpelle le vieil homme à la longue barbe blanche quand il passe à portée, un autre bénévole du festival. C'est lui qui a fait l'annonce au micro.

— Tout le monde a de quoi rentrer, indique-t-il. Sauf Samuel, il faut le conduire à Lille.

Déborah saute sur l'occasion :

Quand le soleil s'éteintWhere stories live. Discover now