Chapitre 1 - Sous le couvert des arbres (1ère partie)

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Louve n'avait jamais aimé les haies démesurées qui entouraient le quartier gémeau et aujourd'hui ne faisait pas exception à la règle.

La nuit s'étirait sur Neïbula et la changebête était gelée. Cachée à l'abri d'un des vastes entrepôts de l'aire grise en face du quartier des gémeaux, elle avait attendu que l'activité décline. Pas évident, car ces créatures adoraient faire la fête et certains vivaient plus la nuit que le jour.

Au loin, des cloches sonnèrent la quatrième heure du jour. Louve patienta un moment encore et jugea qu'il était temps d'y aller. Attendre plus ne servirait à rien : les chasseurs des clans ne tarderaient pas à se lever et à partir en direction de la muraille citadine.

Louve quitta son abri précaire et s'avança. Devant elle s'ouvrait l'un des vastes canaux qui sillonnaient Neïbula, permettant à la fois aux bateaux qui acheminaient les marchandises de circuler et délimitant les espaces.

Elle était encore dans l'une des aires grises de la cité, l'un de ces endroits qui n'appartenaient à aucune des cinq races et où quelqu'un comme elle se trouvait donc en relative sécurité. En face se dressaient ces fichues haies qui enserraient le territoire des gémeaux. Plus loin sur sa gauche, elle distingua une gigantesque arche taillée dans la végétation – l'une des entrées officielles du quartier. Deux sentinelles montaient la garde, visiblement plus absorbées dans leur discussion que dans la surveillance des environs.

Louve préféra quand même partir dans la direction opposée et remonta le quai, longeant les entrepôts qui le bordait. Quand elle jugea qu'elle s'était suffisamment éloignée, elle s'arrêta et balaya les alentours d'un rapide regard circulaire.

Outre les hangars se trouvaient là des maisons, appartenant aux rares personnes – des humains pour la plupart – qui vivaient à l'année dans les aires grises. Les tavernes et auberges, qui accueillaient les gens de passage, étaient bien plus nombreuses. Des lumières brillaient aux fenêtres de quelques-unes. Mis à part ces traces de vie, l'endroit était désert. Louve recula de quelques pas et se mit à courir jusqu'au bord du canal. Là, elle se ramassa sur elle-même et se propulsa dans les airs. Le chenal mesurait trois bons mètres de large, elle se réceptionna de justesse de l'autre côté. Ses chevilles craquèrent et elle grimaça. Cela aurait peut-être été plus facile sous sa forme d'emblème, mais elle avait préféré ne pas prendre le risque.

Louve s'approcha de la haie et distingua un renfoncement. Elle s'aplatit au sol et, maudissant sa haute taille et ses larges épaules, elle rampa. Les branches la griffèrent, elle les repoussa d'un geste agacé. À force de reptation, elle réussit à traverser et se retrouva de l'autre côté. Elle s'extirpa de la haie, s'accroupissant, les sens aux aguets. Elle se trouvait dans un bois où croissaient des arbrisseaux. Personne aux alentours. Elle était passée.

Louve sortit de sa cachette et fila sur un sentier qu'elle avait repéré. Elle serpenta ainsi entre les arbres. Des oiseaux se réveillaient et piaillaient des notes à l'attention du matin. Le son porta rapidement sur ses nerfs, car il lui rappelait l'urgence de sa situation. Chaque minute passée ici la mettait plus en danger. Elle pressa le pas.

Les bois changèrent de physionomie. Les arbres grandirent, jusqu'à devenir de véritables colosses aux immenses troncs et aux ramures titanesques. Bientôt, Louve atteignit la première clairière.

Elle se cacha à nouveau dans les fourrés pour observer. Elle se trouvait sur les terres d'un modeste clan, les Frênerouge. Il possédait trois arbres maison, où pour l'heure rien ne bougeait. Des pierres de lumières éclairaient des fenêtres dans les cabanes, signe que les chasseurs se préparaient à arpenter la portion forestière de Neïbula, mais le reste des gémeaux dormait. Louve contourna la clairière et poursuivit son chemin.

De Murmures et d'ombres (Neïbula T1)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant