Chapitre 2

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Après avoir quitté le véhicule, je me dirige vers le pont piéton qui enjambe la voie rapide, assez fréquentée à cette heure-ci. Ce chemin est entouré d'un haut grillage à noeuds très serrés qui me donne l'impression d'être dans une prison. Pourtant, il mène vers un lieu qui me procure un sentiment de liberté et de joie. Détail très contradictoire mais assez amusant. Fut un temps où je venais au bord de l'East river presque tous les soirs, mais pas pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui...

Je finis de traverser le pont et longe ensuite le chemin bordé d'arbres et de bancs menant au bord de l'eau. Ce n'est pas l'endroit le plus chic de New York et c'est sans doute pour cela qu'il me plait autant. Il n'y a que les habitudes qui viennent par ici, on est loin des touristes et cette authenticité est forte agréable. Je prends plaisir à flâner, courir ou prendre des photos. Mais ce qui me plaît le plus se situe un peu plus loin sur la gauche, où j'y repère des visages familiers : le terrain de basket ball.

— Hey Lewis !

Je fais signe au garçon avec la coupe afro assis sur un ballon de basket, Drew, occupé à discuter avec deux autres amis.

— Salut les mecs, dis-je en m'approchant d'eux.

Je leur tape dans la main et serre mon poing contre les leurs. Drew, Jason et Lenny font partie de l'équipe de basket avec moi, ce sont les trois compères avec lesquels je passe le plus de temps. Que ça soit ici, sur le terrain libre d'accès du quartier, dans des cafés, soirées ou simplement à se balader dans la rue et les magasins. Nous nous entendons tous très bien au sein du club, mais c'est avec eux que j'ai lié le plus d'affinités. Ce qui est un avantage certain sur le terrain. Nous sommes tous les quatre titulaires, avec notre capitaine, Bryan. Ce dernier ne passe pas beaucoup de temps avec nous en dehors des entraînements et des matches, il est très pris par sa vie personnelle et doit travailler le soir en plus de ses études pour aider sa famille. Je l'admire. Il se décarcasse pour subvenir à ses besoins et parvient malgré tout à obtenir d'excellents résultats aussi bien académiques que sportifs. D'apparence, on ne soupçonnerait pas tout ça. Il dépasse le mètre 90, brun, yeux bleus, musclé, il fait fondre la plupart des filles. Sans compter son aura tranquille et concentrée qui cache cependant un côté très malicieux. Comme quoi, l'habit ne fait pas le moine, et si tout le monde imagine qu'il mène une vie parfaite, c'est qu'il cache bien son jeu. Je ne suis pas sûr que tous les membres de l'équipe soient au courant de sa situation familiale, je dois faire partie des rares à qui il se confie. Une confiance à laquelle j'attache beaucoup d'importance, Bryan est une personne que j'estime et respecte beaucoup. Il est également le seul, avec Mary, à connaître mon passé difficile. Je me sentais obligé de lui en parler pour intégrer pleinement l'équipe.

— Tu joues un peu avec nous Lewis ?

Lenny me sort de mes pensées. Tout aussi grand que moi, en bon basketteur, il dénote avec ses cheveux décolorés rasés d'un côté et plus longs de l'autre. C'est une personne très enjouée et toujours de bonne humeur. Dès qu'il a eu 18 ans il y a deux mois il s'est empressé de se faire tatouer. Il a toujours aimé ça et a sauté sur l'occasion dès qu'il a pu. Il en a trois à son actif si je me souviens bien, et il ne compte pas s'arrêter là. Le plus imposant occupe tout son bras gauche et représente un aigle avec une montagne boisée en fond. De ce qu'il m'a dit, c'est surtout le contact de l'aiguille sur sa peau qu'il aime, ainsi que l'idée de transformer son corps en oeuvre d'art. Je n'envisage pas de m'en faire, mais je peux comprendre sa fascination pour cet art et cela correspond bien à son style. C'est aussi ce qui me plait chez lui, ses goûts éclectiques et différents des miens. Les opposés s'attirent comme on dit.

— Non je vais aller courir, je peux vous laisser mes affaires ? je finis par répondre. Il faut aussi que je vous donne mon nouveau numéro.

— Ah ça y est tu en as un nouveau.

Destins ÉgarésWhere stories live. Discover now