Chapitre 31

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         Comment rester de marbre face à deux hommes aussi beaux que fatigants lorsqu'ils se trouvent réunis ? Depuis mon enfance, mes parents s'étaient évertués à m'apprendre à voir plus loin qu'une belle enveloppe charnelle. Je ne m'étais jamais trop préoccupée de ma beauté ni de celle des autres. J'appréciais les gens pour leurs qualités ou leurs valeurs. Je ne savais pas comment me positionner par rapport à Pavel. Il en imposait. Avec son frère, ils se charriaient, se contrariaient mais indéniablement ils s'aimaient à leur manière.

Pavel, le plus bavard des deux Archanges n'était jamais à court d'anecdotes sur celui qu'il désignait comme son cadet. Quant à Marin, il ne réagissait pas ou peu se contentant de rester à mes côtés.

Il m'arrivait de me sentir gênée face au regard appuyé du grand blond pour qui je n'avançais jamais assez vite.

Soudainement décidé à se taire, son attitude silencieuse, mais oppressante m'a déroutée.

Ayant dépassé l'immense portail en fer forgé ouvert en son centre, j'ai pris le temps d'observer les alentours. L'allée principale était bordée de ce que j'avais cru être des gargouilles. En fait, il s'agissait de sculptures en pierre représentant des Archanges et d'autres créatures fantastiques issues des bestiaires médiévaux, dont je ne soupçonnais pas l'existence à notre époque... phœnix, basilic, manticore, etc. J'ai aussi reconnu une licorne, un kraken et des sirènes autour d'une fontaine délabrée.

— J'ai l'impression d'être plongée dans l'un des nombreux livres que j'ai lus sur la mythologie, les contes et les légendes.

— Les contes et légendes tirent leurs idées et parfois la totalité de leurs histoires d'une réalité qui vous dépasse, a assené Pavel un chouïa méprisant. Personne, mis à part un Archange ou un vieil ange sur le déclin, n'a une imagination assez fertile pour écrire et décrire avec une précision déstabilisante, un pavé d'environ mille pages sur le ténébreux monde fantastique de Beaupuy. Ce que l'humain nomme « fiction » incarne chez nous une vérité triviale.

De mon point de vue, de semi humaine ayant pensé toute sa vie être entièrement humaine — en fait, je ne m'étais jamais interrogé sur la question ! — le mot trivial pouvait sortir de la bouche de n'importe qui excepté de celle d'un ailé. Sa trivialité n'avait rien de comparable à ma banalité. Clairement, la trivialité de Pavel ébranlait mon pragmatisme qui jour après jour se fissurait un peu plus.

— J'ai une bonne blague, a annoncé Pavel pour détendre l'atmosphère. Quel est le meilleur livre de tous les temps ?

— Tais-toi, l'a interrompu Marin. Ne blasphème pas en ces terres.

— Et la liberté d'expression ?

— Tais-toi, a répété Marin

— Je n'aime pas trop le ton que tu emploies, frérot.

— Vas-tu la boucler ? La fermer pour de bon ? Je ne t'ai jamais autant entendu que cette dernière heure. Pourtant, j'en ai passé des années, des décennies et des siècles avec toi.

Pavel, l'air dramatique, a feint de prendre une balle en plein cœur en tapotant sa poitrine de sa main.

— Il n'a aucun humour, a-t-il soufflé à mon oreille. Vous vous voyez vraiment faire un bout de votre vie à ce mec ? Moi, je suis divertissant, drôle, désopilant. Je n'ai pas assez de synonymes pour décrire la satisfaction que vous éprouveriez à évoluer à mes côtés. Il n'y a pas une bête préhistorique que je ne possède pas. Smilodons, mes préférés des tigres à dents de sabre, mammouths, andrewsarchus, azhdarchidaes, phorusrhacos, sarcosuchus, anthropleuras... Je détiens des spécimens de chacune de ces espèces aujourd'hui disparues. Vous m'avez l'air curieuse, bien qu'un peu peureuse. Je suis sûr qu'un tour en Sibérie vous charmerait.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant