Chapitre 1

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« Hawkin Lewis ?

— Oui, sans g à la fin.

Étant certain qu'elle va en ajouter un, je précise.

— Adresse ?

— Madison Street.

— Date de naissance ?

— Premier mars 2002.

J'ignore son haussement de sourcil en me dévisageant. J'ai toujours fait un peu plus que mon âge. Cela est sans doute dû à ma taille — 1m85 — et à ma musculature bien dessinée sans pour autant être imposante.

— ... mars... Allons, pourquoi mes chiffres ne marchent pas...

Je cache mon impatience en tapant discrètement mon pied sur le sol. La fille derrière le comptoir n'a pourtant pas l'air beaucoup plus âgée que moi, mais visiblement, l'informatique n'est pas son fort. Elle a dû mettre autant de temps pour remplir ces informations que je n'en aurais mis pour taper une page entière.

— Ah, voilà ça marche. J'ai vraiment du mal avec ces engins, je suis plutôt de la vieille école, dit-elle en me faisant un beau sourire.

Tiens donc, elle a changé d'attitude maintenant qu'elle s'est assurée de mon âge.

— Il faudra bien vous y mettre pourtant, dis-je en lui rendant son sourire.

— J'ai l'impression de vous avoir déjà vu quelque part...

Elle plisse les yeux et me dévisage dans gêne.

— Mais oui ! Je te suis sur Instagram, tu es bien LewisHawk ?

Bravo Sherlock. Je remarque également qu'elle est passée au tutoiement, comme si le fait de me suivre sur les réseaux lui procurait certains droits.

— C'est bien moi, je réponds en m'impatientant de plus en plus. C'est bon pour les papiers ?

— Ah, oui. Je vais imprimer tout ça.

Le clin d'oeil qu'elle m'adresse ne me fait ni chaud ni froid. Je l'observe ajuster sa jupe en se levant et ricane intérieurement. Si c'est pour être mal à l'aise et inconfortable, ça ne sert à rien d'en mettre une aussi courte. Ce n'est pas non plus ça qui fera que les hommes t'observeront davantage, ou alors pour les mauvaises raisons. Mais bon, qui suis-je pour juger ? Je porte encore mon survêtement de sport et mes cheveux sont décoiffés.

La fille revient en glissant une mèche derrière son oreille, échappant une feuille au passage. Je lève les yeux au ciel, me demandant combien de temps elle va mettre avant de réussir à me donner ce fichu dossier. Et comme si ça ne suffisait pas, elle est interpellée par un collègue à l'instant où elle revenait finalement vers moi. Tout ça juste pour un nouvel abonnement téléphonique indépendant de ma volonté. J'ai eu le malheur de perdre mon portable en faisant mon footing hier matin et j'ai passé la soirée à changer les mots de passe de mes comptes et supprimer les données de l'appareil à distance. Cette fonctionnalité m'a bien servie pour le coup, cela a évité que mes informations ne soient utilisées à mauvais escient.

— Voilà, tout est en ordre. Je te donne également ton nouveau téléphone et la carte. Tu veux que je l'installe ?

— Non merci, je le ferai plus tard. Au revoir et bonne après-midi.

Si j'avais accepté j'aurais été bon pour passer une heure de plus à la regarder insérer la carte dans l'appareil. Je tourne les talons sans attendre et sors du magasin de téléphonie avant de traverser la rue, me dirigeant vers le Starbucks situé du côté de Soho. J'ai l'habitude d'y aller avec des amis mais cette fois-ci, ça sera seul. Il n'est que 13 heures et je meurs de faim, je prendrai le temps de mettre en route mon nouveau téléphone avec un café et quelque chose à grignoter. Le temps est parfait aujourd'hui, comme je l'aime. Ciel bleu sans un nuage à l'horizon, pas de vent, et avec seulement ma veste de survêtement j'ai déjà presque chaud. Cette fin Avril est idéale à tout point de vue. Samedi, dans trois jours, nous jouons un match à Brooklyn contre l'équipe d'un autre lycée.

Destins ÉgarésWhere stories live. Discover now