Chapitre 8

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Après une grasse matinée bien méritée, Roxane passe son après-midi à trier de la paperasse administrative ennuyeuse au possible. La nuit tombée, c'est presque avec hâte qu'elle se rend au Millésime pour assister à sa deuxième journée de travail. A peine a-t-elle enfilé à nouveau les escarpins vertigineux d'Ariel qu'elle se retrouve avec un plateau entre les mains. On ne perd pas de temps en parlotte ici, apparemment.

On lui a assigné une nouvelle zone ce soir, entre le bar et la partie droite de la salle, où les clients ne commandent que des boissons au verre. L'inconvénient étant qu'ils commandent plus fréquemment que les préposés aux bouteilles, ce qui l'oblige à courire à droite et à gauche. Néanmoins, si on occulte ses pieds encore endoloris, elle se débrouille bien mieux que la veille.

Elle a eu tout le loisir de réfléchir à son premier jour et elle en est venue à la conclusion qu'elle ne s'en est pas si mal sortie. Tout de même, cent euros pour un premier pourboire, ce n'est pas rien ! A cette allure-là, elle sera peut-être bientôt en mesure de s'acheter autre chose que des céréales pour le dîner.

— Hé, Roxane, ma grande. Y a Anton qui te cherche, l'interpelle Ariel accoudée au comptoir. Il est à son bureau, si tu veux aller le voir.

— Merci, Ariel. Je vais aller le voir dès que je peux, mais pour l'instant, je dois ramener deux Black Russian à la cinq !

Au bout d'une demi heure, le rythme des commandes n'a pas ralenti, au contraire. Ariel, qui capte sa détresse, lui ôte le plateau des mains au bout d'un énième aller-retour.

— Bon, vas-y. Vas voir le boss, je te couvre. Mais pas plus de cinq minutes, hein !

Roxane fait une courbette à Ariel pour la remercier, ce qui lui arrache un sourire. Elle s'arrête un instant pour masser un de ses talons endoloris avant de pousser la porte du couloir réservé au personnel. Chemin faisant, son regard se pose à nouveau sur le rideau en velours noir qui occulte tout un coin de la salle. Il faut vraiment qu'elle demande à Ariel à quoi sert cette alcôve.

Soudain, des éclats de voix retentissent non loin d'elle. Elle s'arrête, attentive. Elle ne l'a entendue qu'à deux reprises, mais il lui semble reconnaître la voix de Matthieu. Il n'a pas l'air ravi, vu les jurons qu'elle l'entend vociférer. Ceci dit, la colère semble être un trait prédominant de sa personnalité. Curieuse, elle suit le son jusqu'à une porte close à sa gauche. Après un instant d'hésitation, elle colle son oreille sur la surface plane.

Elle avait raison, il s'agit bien de Matthieu. Elle parvient à comprendre presque tout ce qu'il dit.

— Non, putain, je te l'ai dit, ça ne me convient pas ! Si je te donne une date et une heure précise tous les mois, ce n'est pas pour rien.

Date et heure ? Tiens tiens, de quoi parle-t-il ? Et contre qui s'énerve-t-il comme ça ? Et si après tout, ce n'était pas Anton le cachottier du Millésime, mais Matthieu, le frère bien moins sympa mais tout aussi attrayant... ?

— Je te l'ai déjà expliqué. Arrête de jouer avec mes nerfs. Si tu continues comme ça, j'annule notre deal ! Et comment tu vas faire sans mon argent pour t'acheter ta came, hein ?

Le coeur de Roxane se met à battre frénétiquement dans sa cage thoracique. Deal ? Came ? Aurait-t-elle mis le doigt sur quelque chose ? Jeff avait peut-être raison, à propos d'un éventuel trafic de drogue...

Elle sent l'excitation l'envahir. Bien décidée à tout entendre de la conversation à sens unique de Matthieu, elle se presse encore un peu plus sur la cloison. Grossière erreur. La porte, mal fermée, s'ouvre brusquement et Roxane perd l'équilibre. En moins d'une seconde, elle se retrouve projetée au sol, les quatre fers en l'air dans le bureau maintenant ouvert.

Nymphéa et la chambre rougeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant