Chapitre 24 - LUI

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Assis derrière mon bureau, je poursuivais l'écriture de mon dernier manuscrit. Me laissant retomber sur le dossier de la chaise, j'ai fermé les yeux pour une courte pause. La voix d'Oxane retentissait en moi depuis quelque temps, jour et nuit. Une véritable obsession, un manque. Quatre jours sans elle s'avéraient être une éternité.

Cerbère, les yeux ronds, la tête posée sur ma cuisse, me quémandait des caresses.

- Son absence te pèse. Moins d'une semaine avant son retour.

Caressant le chien, je me suis posé dans le vestibule. Le temps clément se prêtait à une balade sur la plage. Le frisbee entre les mains, je suis revenu sur mes pas lorsque mon portable a sonné.

Je fus étonné de me retrouver en ligne avec Emmanuelle, l'amie d'Oxane. Sa voix fluette et éraillée m'a immédiatement alerté. Sans prendre de gants, elle a lâché une bombe : Oxane se trouvait enfermée dans le service de psychiatrie de l'hôpital du coin sans possibilité de contacter qui que ce soit. Emmanuelle avait réussi à récupérer les affaires de son amie, internée de force par ses parents.

Ni une ni deux, Cerbère sur les talons, je me suis empressé de rouler en direction de l'hôpital de Ville Franche. Une sombre colère m'a animé. J'ai serré les dents, agrippé le volant et le levier de vitesse en essayant de me raisonner.

Je n'avais pas tous les éléments en ma possession, il me fallait éviter de tirer des conclusions hâtives.

Mon véhicule garé sur le parking, j'ai déboulé à l'accueil de l'hôpital désert en cette mi-journée.

- Bonjour monsieur.

- Bonjour, service de psychiatrie, s'il vous plaît.

- Deuxième section, quatrième étage. Vous pouvez suivre les pas rouges sur le sol pour vous guider.

J'ai rapidement atteint la deuxième section se trouvant au fond de la cour, dans un petit immeuble (à l'écart) à l'accès restreint. J'ai sonné à l'interphone pour me retrouver à parlementer avec un infirmier des plus désagréables. N'ayant pas la moindre envie de me permettre d'entrer, il a raccroché. J'ai reculé en cogitant. Je m'apprêtais à ouvrir la porte d'une façon peu orthodoxe quand un médecin s'est présenté pour sa pause clope.

- Didier !

- Marin ! J'imaginais te voir débouler plus rapidement. Il y a de l'enchantement ou de l'occultisme dans l'air.

- Oxane Bourgeois, ai-je lâché.

Didier, vieil ange ayant mis ses compétences aux services des autres, a souri avec cet air goguenard qui souvent m'agaçait.

- Elle est internée au deuxième étage. Elle reste recluse dans sa chambre et refuse de s'exprimer.

- Elle va bien ?

- Du calme. J'ai veillé sur elle.

- Qu'est-il arrivé ?

- La version officielle, une crise d'hystérie durant un repas de famille. Ses parents ont appelé les secours. Il paraîtrait que la jeune femme s'est violemment emportée. Elle a hurlé, a frappé contre les murs. Elle était incontrôlable lorsque les pompiers l'ont retrouvée dans la rue. Elle venait de quitter le foyer familial. Son père la suivait pour s'assurer qu'elle ne se fasse pas de mal.

- Qu'en penses-tu ? ai-je demandé en fourrant mes mains dans mes poches.

- J'en pense qu'il y a plus qu'une simple hystérie. Elle entend des voix, Marin. Des voix qui la pousse à l'autodestruction.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant