Chapitre 20 - LUI

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— Tu ne bouges pas d'ici. Promets-le-moi.

Oxane a sensiblement secoué la tête. Sa réticence à obéir m'a à la fois amusé et chagriné. Son attitude frondeuse ne serait pas tous les jours une partie de plaisir.

— Oxane, ai-je insisté.

— Je ne suis plus une enfant.

Sa moue renfrognée m'a attendri. J'ai eu l'envie de déployer mes ailes et d'y envelopper la jeune femme. Mes souvenirs m'ont rattrapé et la scène durant laquelle Oxane se jetait dans le vide m'a fait froid dans le dos.

— Je me dépêche. En ces lieux, tu es en sécurité. Avant de partir, je dois être sûr et certain que tu resteras entre ces murs. S'il te plaît.

Je n'avais pas nourri une telle inquiétude pour quelqu'un depuis bien longtemps. Je voulais savoir Oxane au chaud, à l'abri du danger.

— Sors tranquille, a-t-elle murmuré en s'installant sur le canapé.

— Home cinéma au sous-sol. Télévision et bain à remous au premier. Fais comme chez toi.

La jeune femme s'est agenouillée pour caresser Cerbère, en manque de tendresse, venu se frotter à ses jambes. Une tendresse, qui soit dit en passant, il ne me mendiait jamais. Lui et moi avions notre routine depuis des siècles. Il incarnait le parfait compagnon de route, silencieux et discret. Or, je remarquais qu'en présence d'Oxane ces qualités que j'appréciais tant chez le doberman s'envolaient. Il était toujours dans les parages et couinait pour obtenir l'attention de notre belle invitée.

Qui résistait à son joli teint mat, à sa chevelure d'un noir brillant et à ses magnifiques yeux vairons ?

— Cerbère va me tenir compagnie en ton absence.

Amusé, j'ai levé un sourcil en observant le chien grimper sur le sofa où se trouvait Oxane vêtue d'un léger pyjama.

Passant la porte d'entrée, j'ai regretté de ne pas être chez moi, Oxane dans les bras. Prends sur toi, Marin, ai-je songé en retirant le pull que j'ai lancé sur le mobilier décorant le perron. Je m'épargnais un nouveau vêtement à mettre à la poubelle. Rien ne résistait aux ailes qui se déployaient dans mon dos.

J'ai scruté les alentours et descendu les marches pour traverser une partie de la plage et me retrouver à l'entrée d'un chemin de terre fraîchement retournée dans la forêt. Jetant un dernier coup d'œil par-dessus mon épaule, j'ai disparu à travers les arbres. Le brouillard tombait, je n'y voyais pas grand-chose. Je n'aurais pas su dire s'il faisait frais, j'ai supposé que oui. Mon corps se régulait naturellement. Je ne craignais ni les températures négatives ni les ravages d'un climat aride. Je ne me prononçais pas pour l'extrême chaleur générée du côté du cercle de l'Enfer. Je n'y avais encore jamais posé le pied en tant qu'Archange déchu et j'espérais ne jamais avoir à le faire.

— Katalina.

M'enfonçant dans une zone — contrôlée par les anges — qui s'avérait hostile, je me suis immobilisé. J'ai levé la tête en direction des feuillages obstruant la faible lumière émanant d'une lune terne. Je ne réussissais pas à savoir comment Oxane s'occupait. Il m'était toujours impossible de lire dans ses pensées. Toutefois, je savais qu'en cas de problème, les aboiements de Cerbère parviendraient jusqu'à moi.

L'animal s'agitait ou grognait lorsque des gens se trouvaient en danger à proximité de notre maison. Il s'activait à gratter contre le carreau de la fenêtre du salon quand un faucheur rôdait dans les parages. Cerbère était un détecteur à créatures maudites hors pair. Pour le reste, son utilité demeurait relative. Il était mon fidèle compagnon, je ne me voyais pas l'abandonner bien qu'il soit parfois encombrant et paresseux. Il n'entrait jamais dans la forêt avec moi — gros froussard —, couinait comme un bébé devant les documentaires sur les chatons et me coûtait cher en croquettes et autres biscuits pour chien.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant