Chapitre 14

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— Oxane. Oxane. Oxane ? Oxane !

Debout, immobile devant le photocopieur, je sortais de mes songes. Six jours que je n'avais pas vu Marin par choix. Six jours que le quotidien me paraissait d'une extrême fadeur.

— Eh ben, tu dois être à des kilomètres d'ici, m'a lancé Natalia en levant le couvercle du copieur. Tu as oublié de poser le document.

En effet, il se trouvait toujours entre mes mains. Soupirant, j'ai photocopié une feuille que j'ai rangée dans un dossier que j'ai lui-même classé dans une armoire. Ensuite, je me suis assise derrière mon bureau sans grande conviction.

Pas une minute ne s'écoulait sans que je ne jette un coup d'œil en direction de l'horloge. J'étouffais. Je n'attendais qu'une chose, que dix-sept heures sonnent pour fuir un boulot qui m'ennuyait plus que tout.

Sur le point de me cogner la tête contre un mur, j'ai été interrompue par l'arrivée d'un client. Un chieur de première qui a eu raison de ma patience en quatre minutes montre en main. J'ai pris son dossier que j'ai balancé sur une pile d'autres dossiers sous son air abasourdi. Je l'ai poliment invité à s'en aller pour m'enfermer dans mon bureau. Il pouvait se plaindre auprès de la direction, je n'en avais rien à faire et ce n'est pas cela qui jouerait en sa faveur. J'étais la seule à m'occuper du Centre de Formalités des Entreprises. Mes responsables peinaient à gérer le stock de papier toilette, ce n'était pas pour mettre le nez dans un service dont ils se fichaient éperdument. Ben oui, le CFE, service gratuit, ne rapportait pas d'argent.

— Oxane, tout va bien ? m'a demandé une collaboratrice curieuse surnommée « la fouineuse ».

Devenir son sujet de discussion lors de ses futurs petits-déjeuners avec d'autres collègues « no life » que je n'appréciais que peu voire pas du tout ne m'intéressait pas. Je lui ai souri sans lui répondre. Laurence a décelé le « merde » dans mon expression et a tourné les talons pour cracher son venin plus loin. Ne pouvait-elle pas se réinventer un peu ?

J'ai soufflé de plus belle en préparant le courrier à affranchir pour le lendemain.

Enfin, dix-sept heures s'affichaient sur l'horloge !

— Alléluia ! me suis-je exclamée.

Je n'ai pas perdu de temps. J'ai attrapé mes affaires, éteint la lumière et j'ai quitté les locaux pour m'engouffrer dans ma voiture et prendre la direction de la propriété de Marin.

Mon besoin de réfléchir plus fort que tout s'estompait au profit d'une envie d'être en sa compagnie. Près d'une semaine sans lui parler avait été nécessaire. Mes idées n'étaient pas plus claires, mais je savais une chose : je ne l'exclurais pas de mon quotidien du fait de sa différence. Une différence qui m'effrayait autant qu'elle me posait question. Si ma sœur ne nous avait pas quittés, elle m'aurait rabâché d'être tolérante et d'ouvrir mon esprit un peu trop fermé à son goût. Je partageais quelque chose de fort avec Marin. Je souhaitais que ce lien que nous tissions persiste dans le temps.

Verrouillant les portières à distance, je m'apprêtais à monter les marches du perron quand j'ai vu le grand brun se balader sur la plage. M'apercevant, il a fait demi-tour pour me rejoindre. L'espace de quelques secondes, ni lui ni moi n'avons prononcé un mot.

Marin a brisé le silence en m'invitant à entrer chez lui.

— Je n'imaginais pas te revoir, a-t-il annoncé en fermant la porte derrière nous.

Son chien, un doberman à la robe couleur noir et feu, est venu à ma rencontre pour obtenir des caresses.

— Comment s'appelle-t-il ?

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant