Chapitre 15 - Iro & Lupa

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- Personne sait ce qui fait ça ni pourquoi, en vrai, lâcha Lupa. On sait juste que c'est dégueulasse. Faut être malsain pour faire ça à la forêt, animal ou pas.

Iro acquiesça, et d'un accord silencieux, ils s'occupèrent du campement sans inclure l'arbre dans son enceinte. Une dizaine de minutes plus tard, ils étaient encerclés de défenses magiques et un feu Maegis brûlait sans bruit devant eux. Ses flammes léchaient les limites du foyer sans jamais le dépasser, et le Lisorne regardait les étincelles crépiter avec une évidente fascination – même sans yeux à proprement parler.

- Il nous faudra de vraies provisions ... soupira Lylia.

- On en récupérera à Portazur, assura Elys avec un léger sourire.

Enroulé dans une couverture et ses blessures couvertes de baumes, Elys avait l'air presque confortable entre les buissons et les herbes hautes. Iro l'observa – et détourna les yeux. Il n'aimait pas la façon qu'avait son coeur de se serrer en le regardant. Elys était vivant, et entier. Rien à voir avec l'arbre détruit par la créature.

- Mets ça sur ta peau, ordonna Lylia.

Elle lui colla dans les mains un pot rempli d'une crème brunâtre au parfum sucré, et Iro accueillit la distraction avec soulagement. Pendant qu'il badigeonnait la crème là où sa peau avait bleui à cause des chaînes et des coups, Elys et Lupa se lancèrent dans un récit de ce qui était arrivé chacun de leur côté. Quelques graines et champignons grillaient dans un plat sur le feu, et ils mangèrent doucement, bercés par la voix de la faune, qui terminait l'échange. 

Lylia appuya sa tête sur l'épaule de son frère, une main sur la bouche pour couvrir un bâillement.

- Il faudrait un tour de garde ... murmura-t-elle.

- Je commence, proposa Iro.

Elle acquiesça. « Réveille-moi ensuite, puis Elys, puis Lupa, décréta-t-elle.

Les yeux lourds, personne n'eut la force de la contredire. Ils s'allongèrent, et Iro les observa s'endormir en quelques minutes, Lylia et Elys l'un contre l'autre, et Lupa sur le ventre, la tête dans la mousse. Le Lisorne s'était à demi-enterré sous une pile de mousse et de branchages, et semblait lui aussi avoir décidé de piquer un somme.

Sans leurs voix, le chant de la forêt était la seule chose qui restait pour lui tenir compagnie. Les feuilles murmuraient au-dessus et autour de lui, les fleurs carillonnaient dans leur sommeil, et les arbres – ou bien les petites créatures qui vivaient dedans ? - ronronnaient sans retenue. Les minuscules lumières d'insectes gorgées de nectar virevoltaient entre les branches, et il apercevait quelques ombres bouger – des créatures inoffensives, aucun monstre. Il le savait. 

Iro avait la sensation que les arbres se refermaient autour d'eux comme un cocon protecteur, leurs branches tissées entre elles pour les masquer de tout ce qui leur voulaient du mal. Ces deux derniers jours avaient été épuisants, mais dans cet instant là, Iro sut qu'il aimait la forêt, et que, à sa façon, elle les aimait aussi. 

LUPA

Elys secoua Lupa, et elle se redressa d'un coup sec, les yeux écarquillés et le souffle coupé.

Elle commençait à comprendre ce que Lylia voulait dire par « potion trop forte ». Elle n'avait pas l'impression d'avoir dormi, et pourtant elle se sentait prête à galoper sur ses sabots toute la journée. C'était bizarre, et bizarre désagréable.

Elys retourna s'écrouler auprès de sa sœur – les Maegis étaient vraiment câlins, qui aurait cru avec leurs manières de coincés ? - et Lupa se prépara à s'ennuyer seule pendant quelques heures. 

Une fleur pour le roi [Terminé]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant