Chapitre 14 - Lupa

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Lupa se réveilla aussi reposée que si elle avait passé une nuit dans un grand lit moelleux, après un bon repas et un bain dans les étangs tièdes à l'est d'Hexe. Bien sûr, elle était toujours allongée dans la mousse et en avait plusieurs morceaux incrustés sur sa peau, et son ventre était aussi vide que sa vessie était pleine, mais franchement, c'était juste des détails histoire de râler : elle était prête à saboter du bandit à la chaîne !

- Mieux ? Demanda Lylia.

La Maegis trempa la lame de son épée dans un liquide fumant noir. Une vision matinale parfaitement normale et rassurante.

- Impec' ! Quand est-ce qu'on part ?

Lylia la regarda avec un sourcil levé, l'épée pointée vers elle. Lupa espérait qu'elle n'avait rien dit d'offensant par accident, sinon elle ne ferait pas long feu.

- J'ai entendu des gardes discuter d'un transfert de prisonniers, répondit-elle en rengainant l'épée. Un Maegis et un hybride, c'est forcément eux ... donc si tu es prête, nous devrions tenter d'attaquer le convoi, il y aura moins de garde que dans le camp.

Lupa s'étira – elle ne s'était vraiment pas sentie aussi bien depuis très longtemps, il lui fallait la recette de cette potion ! - et acquiesça.

- Par contre, faut que je t'avoue un truc ... je sais pas exactement me battre. Genre, je peux taper avec mes sabots, mais pas vraiment très fort. 

 - Aucune importance. Tu te chargeras de les libérer et de les emmener le plus loin possible des soldats, pendant que j'attaque avec Azamel.

Elle tapota l'encolure de sa grosse bestiole, qui mâchonnait de l'herbe les yeux mi-clos et chassait les insectes qui tournait autour d'elle d'un coup d'oreille.

- C'est quoi ce truc, au juste ?

- Aza ? C'est une Valiette, dressée spécialement pour moi. » Lylia montra sa jambe droite avec un geste vague. « Sans elle, je ne peux pas me déplacer très loin.

- Et puis tu peux te la péter comme une chevaleresse, surtout !

Une étincelle apparut dans ses yeux – une dizaine de points rouge et or, là où la pupille aurait du être – et elle acquiesça en se redressant.

- Exactement. Bien, si tu es prête, ne perdons pas de temps. Il faut se mettre en position.

Lupa avait un bon pressentiment. Non seulement Lylia était plus jolie qu'Iro, mais son plan sonnait nettement moins foireux et impulsif. Avec un peu de chance et d'optimisme, elle devrait au moins survivre la journée !

- Okay, c'est par où ?

Lylia enjamba Aza, et tendit une main vers la faune.

- Monte.

Elle obéit sans protester – à moitié convaincue qu'elle était encore en train d'halluciner – et s'accrocha à la taille de la Maegis. Ses vêtements étaient aussi soyeux qu'un pétale, en plus d'être anormalement propres. Elle ne sentait même pas l'armure sous la cape ! Lupa en était certaine, maintenant : elle était morte de ses blessures et le Vieux Gnome Invisible l'emmenait sur son cheval vers le Monde au bout du Monde.

Sauf qu'elle n'était pas un gnome et que Lylia non plus, donc ... cette théorie avait quelques failles. Et puis elle était même plus certaine de si c'était le Vieux gnome, ou le Très vieux gnome. Très très vieux ? Et puis c'était quoi, un cheval ? Personne ne décrivait la bestiole pareil, fallait qu'ils se mettent d'accord !

Nom d'un sabot fendu, Lupa - C'était pas vraiment le moment de penser à ça !

Aza trotta pendant une vingtaine de minutes, aussi confortable qu'un fauteuil à pattes, et s'arrêta à quelques mètres d'une route assez large pour un attelage. Lylia tendit une sacoche à Lupa, remplie d'outils et d'armes de premier secours en cas de besoin, dont elle lui indiqua l'utilité en deux mots chacun. Elle lui montra un endroit où se cacher, puis elle récita plusieurs sortilèges pour masquer leur présence. La Maegis s'éloigna sur la Valiette, et Lupa la perdit totalement de vue.

Une fleur pour le roiLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant