Chapitre 8

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       Marin a dressé la table dans la salle à manger. Je l'ai aidé. Mes gestes loin d'être sûrs ont un peu plus éveillé sa compassion. Je devais me reprendre. Hors de question qu'il m'assimile à une petite chose frêle et fragile. La tête haute, j'ai tenté de paraître sous mon meilleur jour. Cela s'avérait plus compliqué que je ne le pensais.

— Ici, vous n'êtes pas obligée de donner le change, Oxane.

J'ai dégluti en prenant place autour de la table pendant que Marin sortait la pizza du four.

Accoudée au meuble, j'ai frotté mon visage avant que mes mains ne glissent dans ma crinière. C'est à ce moment que mon hôte est réapparu avec la pizza et un saladier de crudités.

Le tout étant posé sur la table, Marin s'est installé face à moi. Il a baissé le son de l'album de Jeff Goldblum & The Mildred Snitzer Orchestra, des reprises de jazz, qui défilaient en arrière-fond et m'a tendu des couverts afin que je me serve.

— Merci.

J'ai jeté un coup d'œil à la pièce puis j'ai commencé à manger. Autant dire que mon hôte venait à nouveau de remporter un bon point. La pizza était succulente, la pâte concoctée par ses soins un vrai délice.

Après un long moment de flottement, je me suis décidée à briser le silence.

— Je vous ai vu cet après-midi à la télévision dans une émission littéraire.

— Est-ce pour cette raison que j'ai droit à votre compagnie ?

— Non. Enfin, je ne crois pas. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas une groupie.

— Vous ne croyez pas ? m'a-t-il questionnée.

— Tout est compliqué en ce moment. Le flou total, ai-je avoué en avalant avec difficulté une bouchée de salade que je mastiquais et mastiquais encore. Je ne vous apprends rien en vous confiant que je me sens perdue, au bord d'une sorte de précipice. J'ai franchi la limite de ce précipice et vous êtes arrivé. À présent, j'ai l'impression de me trouver à un tournant charnière de ma vie. Positif, négatif ? Aucune idée.

— Au moins, vous avez la franchise de ne pas vous voiler la face. C'est un pas en avant, vous ne croyez pas ?

— Les jours défilent et j'ai le sentiment de régresser.

— Pourquoi donc ?

Son expression compatissante a ravivé la chaleur en moi. Cette fois, plus de pleurs ou de déprime. Ma gorge jusque-là nouée se desserrait. Les mots voulaient sortir. Je ressentais le besoin d'expliquer mon état d'esprit. Marin n'avait sans doute pas tout à fait tort lorsqu'il argumentait à propos d'un appel au secours. Je crois que je tenais à la vie et qu'un soir, j'avais vrillé. Ayant perdu pied, mes pensées s'étaient emmêlées et j'avais failli ne plus être, mais avoir été.

— Vous n'avez pas envie d'entendre ça.

— Si. Je suppose que vous n'êtes pas arrivée chez moi par hasard.

— Qui vous dit que je n'ai pas erré dans la forêt ou à travers les montagnes et que sans vraiment savoir où aller, je suis parvenue jusqu'à vous.

— Est-ce le cas ?

J'ai détourné le regard pour observer à travers les baies vitrées le paysage extérieur d'un bleu sombre teinté des éclats de la lune et d'étoiles scintillant avec force.

— Un ciel sans constellations serait d'une tristesse innommable, a assuré Marin.

— La vue depuis votre propriété est juste magnifique.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant