Chapitre 7

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— Je vous laisse garnir la pizza à votre convenance.

J'ai relevé la tête en direction de Marin qui d'un geste aguerri coupait des tomates.

— Vous aimez les tomates ? m'a-t-il demandé.

— Me consulter au préalable n'aurait pas été inintéressant, ai-je plaisanté. Peut-être les épépinez-vous inutilement.

— Ne brisez pas mon petit cœur.

Son sourire était à tomber.

Je me suis redressée et engagée derrière l'îlot central.

— Sauveur, écrivain et cuisinier. Quelles autres cordes avez-vous à votre arc ?

— Je ne sais pas. Ai-je d'autres qualités ? Je n'en suis pas certain. Vous me le direz.

Modeste ? Encore un bon point pour notre cher Marin et pas des moindres.

M'emparant de la pâte à pizza faite maison par mon hôte le matin même, j'ai sélectionné quelques produits placés sur le plan de travail pour nous concocter une Napolitaine. Avec soin, j'ai pelé des oignons et de l'ail que j'ai mis à chauffer dans une poêle pendant que Marin y ajoutait les tomates et saupoudrait le tout de thym.

— Nous formons un excellent duo derrière les fourneaux, s'est-il réjoui en posant ses tendres prunelles sur ma personne.

J'ai approuvé, déstabilisée par sa gentillesse. Une gentillesse gratuite ? Ou le plaisir d'être à deux ? De briser la solitude qu'il prétendait tant apprécier.

— Je suppose que vous acceptez mon invitation, a-t-il signifié en réglant le thermostat du four pendant que notre préparation cuisait à feu doux.

Mon cœur s'est emballé. Je n'avais pas répondu à sa question tout à l'heure et je n'y répondais pas plus maintenant. Certains me jugeraient stupide s'ils apprenaient ma présence chez un homme que je ne connaissais que peu. Et encore, « connaître » était un bien grand mot. Pourtant, j'éprouvais cette étrange sensation de « lien » entre Marin et moi. Mon instinct me poussait à rester. À côtoyer cet être d'une écoute salvatrice. Auprès de lui, j'étais plus qu'Oxane Bourgeois, la jeune femme lambda, assistante d'une chambre consulaire vieillissante et pénible. Je ne me fondais plus dans la masse. Marin m'aidait à sa manière à comprendre mon geste. J'avais l'impression qu'il voulait aussi me permettre de me révéler à moi-même.

Au fond, tout cela n'était que supposition de ma part. Toutefois, ces suppositions ne voulaient pas quitter mon esprit.

— Oxane ?

— Oui ?

Marin m'a sortie de mes pensées en secouant sous mon nez un paquet de cacahuètes.

— Mon petit péché mignon, a-t-il ajouté.

Un péché mignon qu'il pouvait se permettre au vu de son corps athlétique. Un cou sec, des épaules carrées, un buste puissant dessiné sous son pull, des hanches droites et des jambes solides. À trop le regarder, j'ai presque chuté sur le sol en me prenant les pieds dans... rien. Je rêvassais et j'ai perdu l'équilibre un verre de limonade entre les mains. Par chance, Marin, aux réflexes troublants, m'a rattrapée avant que je ne m'écrase lamentablement parterre. Retrouvant l'équilibre en m'appuyant contre lui, mes mains ont divagué sur son torse en béton.

— Je rêve où vous me pelotez ?

J'ai ouvert grand la bouche pour prétendre une connerie du genre « non, vous aviez deux tâches tout pile au niveau des tétons ». Je n'ai rien dit.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant