Les fondements

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La mise en pages est un élément de ce qui compose plus généralement le graphisme. La mise en page d’un livre de fiction à ses propres caractéristiques, qui méritent qu’on les connaisse et qu’on les reconnaisse.

Plusieurs erreurs de mise en pages viennent de l’ignorance des bases du graphisme. D’autres, au contraire, viennent d’une application des principes du graphisme qui ne tient pas compte des particularités du livre de fiction.

La lecture, l’écriture et tout ce qui est entre les deux

L’écriture est un moyen de communication. Elle est très puissante, car elle permet de transmettre des informations, des images, des sensations, tout ça sans connaître de limite dans le temps ou l’espace. C’est une extention de la parole.

L’écriture est contre nature. C’est une forme de communication n’a rien d’inné, rien d’intuitif. Elle doit être apprise, et repose sur des conventions essentiellement sociales.

Ses parties constituantes, comme la lettre, le mot, la ponctation, même les blancs qu’elle exige ici et là, ont toutes une signification qui n’existe que par des conventions.

Le graphisme et l’art des contraintes

Le graphisme est l’art d’assembler différents éléments dans un document, afin de former un tout visuel.

Avant même que le texte ne soit lu, le graphisme communique. Il peut transmettre des émotion, des associations d’idée, donner une impression d’ordre ou de cahot, évoquer une époque, un style de vie. une culture…

Le graphiste ne peut cependant perdre de vue les contraintes à l’intérieur lesquelles il doit évoluer. Ces contraintes peuvent être très prosaïques, comme le budget, la taille du papier, les limites du mode d’impression. Une partie de son travail consiste à repousser les contraintes et, surtout, écarter celles qui sont imposées artificiellement, par des conventions par exemple. Quand il y arrive, il magnifie son message et il crée la surprise.

Les contraintes du livre imprimé

Cette excellente habitude peut conduire le graphiste droit dans un piège quand il doit réaliser la mse en page d’un livre de fiction.

Quelles sont les contraintes imposées par la mise en page d’un roman? Ou pourrait énumérer, par exemple, le choix limité des polices de caractères, que la tradition limite assez clairement à deux grandes familles: les garaldes et les réalles. Ou encore les règles de la composition.

Mais on aurait tort.

L’écriture est un ensemble de conventions. Sans ces conventions, le langage écrit perd sa signification. Les «contraintes» énumérées plus haut sont toutes de ces conventions. Il ne convient pas de les repousser ou de les transcender, parce que cela reviendrait à saper le fondement du livre, qui réside dans l’écriture, dans l’histoire.

Par exemple, le graphiste qui réalise la couverture d’un livre peut très bien en écrire le titre tout en minuscule, même si c’est gramaticalement incorrect. Il décide simplement que l’impact visuel est plus important que la convention langagière. Mais, à l'intérieur, c’est une tout autre histoire. Un livre sans la moindre lettre majuscule serait à la limite de la lisibilité.

Le graphiste doit donc utiliser son savoir faire à lutter contre les véritables contraintes qui lui sont imposées. Il doit composer avec des marges trop étroites, des lignes trop longues, un texte trop serré, et produire malgré tout un texte clair, lisible, que le lecteur pourra parcourir sans se laisser distraire.

Le voile gris

Car le lecteur travaille, lui aussi. Entre lui et l’histoire, il y a un voile gris qu’il doit déchirer pour passer à travers. ll doit réaliser un effort conscient pour déchiffrer des mots et les traduires en impressions, en informations, en sensations, tout ça dans un but de divertissement.

L’écrivain a comme défi de créer, chez son lecteur, l’ilusion qu’il est ailleurs et qu’il vit des événements qui ne se sont jamais produits. Tout ça avec le seul outil de l’écriture. Plus l’ilusion est complète, plus l’expérience est forte, et plus le livre semblera réussit. Cette entreprise est vouée à l'échec si le lecteur, de son côté, est incapable de transformer le grand mur gris des mots en une expérience à part entière.

Entre les deux, le graphiste doit essentiellement tenter de favoriser cette expérience. Aucun de ses outils ne lui permet d’assister l’auteur. Il ne peut pas faire disparaître le mur gris. Il doit se contenter de ne pas l’épaissir. Il doit se laisser oublier, ne pas attirer l’attention sur lui, ne surtout jamais distraire le lecteur, que ce soit par maladresse ou par une initiative mal fondée.

Je vais souvent revenir, au cours de ce livre, sur cette notion de voile gris.

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