Chapitre 5

3.8K 404 30
                                    

— On me fausse compagnie en catimini ?

Surprise par l'apparition de mon hôte alors que je m'apprêtais à fermer la portière, j'ai sursauté.

— Marin !

— Lui-même, a-t-il répondu en me tendant un mug. Je vous ai préparé un thé à la menthe. Vous voyez, je ne me formalise pas par ce que beaucoup nommeraient de l'impolitesse.

Je suis sortie du véhicule.

— Je suis vraiment désolée, étant pressée je ne voulais pas vous réveiller.

— Pourquoi, je n'en crois pas un mot ?

J'ai repoussé la portière pour saisir le mug. Baissant la tête, confuse, j'ai soufflé en m'éloignant du côté de la plage. Marin m'a suivie.

— J'ai honte.

— N'ayez pas honte, Oxane.

— Pourriez-vous arrêter d'être aussi... bienveillant.

— Cessez de vous déprécier. Je suis objectif avant tout. Vous ne pouvez pas revenir en arrière, a-t-il déclaré en enfonçant ses mains dans les poches de son épais cardigan en laine. Vous allez devoir apprendre à vivre avec votre geste. Je vous ai longuement écoutée, cette nuit.

— Je vous en remercie.

— Ce que vous m'avez confié n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd.

Je me suis arrêtée pour m'asseoir sur un rocher. Debout, Marin a contemplé le lever du soleil. À l'horizon, un ciel bleu qui petit à petit s'éclaircissait teinté d'une délicate nuance de rose parsemée d'éclat ici et là. Un paysage a coupé le souffle. Je comprenais pourquoi Marin se sentait bien dans cet endroit si paisible ce matin. Durant la nuit, les lieux étaient sauvages, terrifiants lorsque la météo s'est déchaînée et que le ciel a craché des trombes d'eau comme pour crier sa colère.

— Marin. Vous m'avez apporté le gîte, l'hospitalité et une oreille attentive. Je vous en serai éternellement reconnaissante. À présent, je veux oublier. Juste oublier. Vous comprenez ?

— C'était un appel au secours, Oxane.

Lentement, il a pivoté pour m'étudier de ses somptueuses prunelles. Son regard posé sur moi m'a immédiatement réchauffée.

— Il est temps que j'y aille si je ne veux pas être en retard au travail.

— Il faut vous faire aider, a-t-il lancé en me rattrapant devant ma voiture. Parler à un psychologue, par exemple, pourrait vous être bénéfique. Vous m'avez expliqué que vos proches sous-estimaient le lien qui vous unissait à votre sœur. Qu'ils compatissaient avec vos parents soulignant l'horreur de la perte d'un enfant, tout en négligeant voire en niant vos sentiments.

— Je dois y aller, me suis-je empressée de répondre.

Marin m'a empêché de monter dans la voiture.

— Promettez-moi de vous faire aider.

— Marin, s'il vous plaît...

— Promettez-le-moi.

Tenace, il ne lâchait rien. Au contraire, son regard me mettait au défi de lui répondre par la négative. Ce que je n'ai pas fait.

Marin m'a sondée de ses grands yeux. Il m'a dévisagée un peu comme s'il pouvait lire en moi. J'ai frissonné quand sa main a effleuré la mienne tenant fermement la poignée de la portière. Acquiesçant, j'ai affiché un sourire forcé, de circonstances. En gentleman, Marin a ouvert la portière. Je me suis installée dans ma citadine. Sur le point de fermer la porte, j'ai vu sous mon nez, un livre que Marin agitait. Il l'avait posé sur le toit de mon véhicule.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant