160.Adam

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-Oui, il y a de fortes chances.

Je me redresse vivement, je manque de tout renverser sur mon passage, je me prends ce « oui » de plein fouet.

À vitesse éclair, tous mes sens sont en alerte.Ou plutôt non, juste à l'intérieur de moi.

Je hurle et je me débats de toutes mes forces contre la paroi de mon corps, pour essayer de sortir de là, je tambourine les poings à l'intérieur pour briser la glace. Impossible.

C'est anodin, une parole. 

C'est la chose la plus banale au monde et pourtant je vous jure qu'entendre à nouveau, sortir d'un silence, d'une plongée en sourdine, c'est la chose la plus merveilleuse qui soit.

Mais merde, ils peuvent pas se taire maintenant, ils peuvent pas s'arrêter de parler, se couper dans leur élan. Faut qu'ils aillent au bout, qu'ils terminent cette putain de phrase laissée en suspension.

De fortes chances pour quoi ? Pour quoi, bordel ?! Pour quoi ?! Pour que je me réveille ? Pour que la planète explose ? Pour que je m'en remette jamais ? Pour que je passe le reste de ma vie dans cet état-là comme un moins que rien ? Pour que je meurs ? De fortes chances pour quoi ? Dites-moi, expliquez-moi, me laissez pas, pas maintenant, pas maintenant que j'entends à nouveau.

Au loin je perçois un bruit sourd, quelque chose d'à peine audible qui pourtant me parvient, une radio il me semble, à moins que ce ne soit une télévision, je n'en sais rien, je n'en sais rien et je ne veux pas savoir.

-Comment on peut en être sûr ?

-On est jamais sûr de rien, en médecine, madame.

Ma mère. Ma mère est dans la pièce. Ma mère est ici avec moi. C'est elle, ici. C'est elle qui me serre la main.

Pas Ezra. Mais alors où est-ce qu'elle est, bordel. Merde, merde, merde.Maman. Maman, écoute. C'est moi, c'est Adam, c'est ton chéri, c'est ton bébé, c'est ton petit garçon. C'est ton Adam. Faut que tu me promettes que si je m'extirpe d'ici Ezra sera là dans la pièce avec un chiot dans les bras et un sourire aux lèvres, faut que tu me le jures.

Faut que tu me dises que quand je vais sortir de là, notre maison elle va m'attendre sagement dehors, pas loin, le phare, la plage,comme on avait dit, tout pareil, faut que tu me le dises, que je vais être heureux, que y aura plus d'emmerde.

Qu'on va vite oublier. 

Maman, maman écoute, j'ai peur.

J'ai besoin que tu me rassures.

Que tu me dises t'inquiète pas Adam, Erza va bien, vous allez être bien ensemble, couler des jours heureux, peindre les murs de ton future cabinet de psy monter des meubles se marrer du matin au soir ....

Maman, maman je t'en prie je t'en supplie, parle-moi, dis-moi que c'était un rêve, que c'est jamais arrivé, qu'Ezra elle est dehors, qu'elle a qu'une égratignure, que tout le monde va bien, que la vie c'est pas une salope, que le bonheur il te file pas toujours entre les doigts.

Maman raconte-moi des histoires de princesses de rois de château, dis-moi que quand je vais me réveiller y aura un beau ciel bleu, aucun nuage, Ezra devant moi, dis-moi que les choses vont s'arranger, qu'on va vivre, qu'on va être ensemble. 

Dis-moi qu'elle n'est pas morte maman, dis-moi que je suis pessimiste que j'ai un regard noir que j'ai des idées sombres que je m'imagine toujours le pire, dis-moi que je suis qu'un con de croire à ça, qu'évidemment que non, qu'elle n' est pas morte qu'elle va bien qu'elle ira toujours bien.

Maman dis-moi que l'espoir c'est pas seulement fait pour maintenir les gens en vie quand ils vont mal, dis-moi que y a une justice, dis-moi que les efforts finissent toujours par payer, Maman dis-moi que je suis pas fou que tout va bien, que tu m'aimes que tu m'aimeras toujours.

Maman serre-moi dans tes bras.

-Adam?

Des couleurs.

-UN MÉDECIN ! S'IL-VOUS-PLAÎT ! QUELQU'UN ! MON FILS VIENT DE SE RÉVEILLER !

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant