151.Adam

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Donc c'est peut-être moi, finalement, qui fout la merde. Et moi qui jouait au héros avec elle, je ne réalisais même pas que j'étais plus un problème qu'une solution. Et j'en peux plus de tout ça. De cette situation. De ces minutes qui n'en finissent pas. D'elle assise sur ce pont et prête à se jeter à l'eau. De moi qui lui répond de prendre soin de sa personne lorsqu'elle me dit qu'elle m'aime.

Elle continue de fixer l'eau. 

J'aimerais savoir ce qui se passe dans son esprit maintenant. J'aimerais participer au combat moi aussi. Comprendre quelle voix dans sa tête la force à agripper la rembarre et laquelle l'oblige à regarder ce vide avec une telle envie dans le regard. Comme si son corps rejetait tout idée de se balancer à la flotte mais que son esprit était déjà parti. Et à ce instant là, y a presque plus rien qui peut la retenir. Rien. Il suffit qu'elle lâche un doigt et c'est fini. Rien. Rien. Rien. Elle y est presque. Elle va sauter. 

Y a que son corps qui tente encore de l'empêcher, pas sa tête.

Et je reste pétrifié. Totalement pétrifié. Incapable de parler, de bouger, de pleurer. Ce n'est pas évident à voir, ce genre de truc. Quand ça apparaît dans les yeux de quelqu'un : une raison de mourir. Parce qu'au moment où j'ai vu la lueur dans ces yeux, la même est apparue dans les miens.Une seconde. Il me reste une seconde. Une putain de seconde où je devrais agir mais mon cœur bat si fort dans ma poitrine que je serais incapable d'entendre ma propre voix. Une seconde et-

Un mouvement. Un faible mais je l'ai senti vibrer dans toute la ville. Mon cœur s'arrête. Mes yeux se ferment. La fin. Je n'arrive même plus à respirer. Comme si j'attendais d'entendre son corps frapper l'eau de plein fouet pour enfin réaliser. Le bruit de l'eau. Un corps qui fend cette tranquillité. La Tamise. La mort. Juste un bruit. Un souffle. Et..

-Adam ?

Je rouvre les yeux, mon cœur à l'arrêt cardiaque. Elle est debout, devant moi, ses joues pleins de larmes. Elle vient de descendre. Ses pieds au sol et ma tête à l'abandon.Je me rapproche d'elle, lentement, comme si j'avais peur qu'elle ne soit pas réel et que c'était juste mon imagination.
Elle voit les larmes sur mes joues, je le sais parce que ses yeux se voilent et qu'elle murmure faiblement :

- Je suis désolé.

-Pourquoi tu ne l'as pas fais ? Je m'étrangle, Sauter.

C'est clairement pas la première question à poser à quelqu'un qui a voulu se tuer mais je suis tellement déboussolé que j'ai besoin de comprendre.

-Pourquoi ? Je répète encore, la voix cassée.

-Je t'aime trop pour te faire subir sa....

Je la regarde, les yeux totalement incrédules.

-Meme ci j'étais prete à sauter. elle continue.

Alors je m'avance vers elle et ma main s'abat sur sa joue gauche. Elle s'écroule au sol. Putain. J'hallucine. Comment elle ose me sortir ça ? Elle se relève, grimaçant et sa main sur la joue. Mais elle ne dit rien. Je pense qu'elle sait qu'elle le méritait.

- Je suis désolé, elle répète.
- Et je fais quoi moi sans toi ? J'explose, T'es conne ma parole ! T'es pas toute seul ! Tu l'as pigé ça ou quoi ? T'es pas toute seul ! Si tu meurs, tu fais tomber tout le monde avec toi ! C'est quoi ton putain de problème à être aussi égoïste ? Je deviens quoi moi ?

-Mais tu m'as laissé partir !

- En vie ! Je m'emporte, Je t'ai laissé partir pour que tu restes en vie !
- En vie pour qui ? Elle me balance.
- Pour toi ! Pour moi! T'as dix-huit ans, comment tu peux penser comme ça ?
- J'en sais rien, c'est juste...

Elle s'arrête au milieu de sa phrase, l'absence de réponse se lisant clairement dans ses yeux. Elle ne sait plus pourquoi elle voulait le faire. C'est assise là-haut qu'elle oublie pourquoi elle devrait sauter.

- S'il te plaît, je murmure, légèrement calmé, Ne refais plus jamais ça.
- Tu ne m'as pas retenu, elle commente.
-Tu devais le faire par toi-même. Pour te prouver à toi-même que t'en voulais encore.
-Vouloir de quoi ?
-De la vie. De ce merdier qui ne nous a pas encore achevé.
-Pas encore, elle répète avec une pointe d'ironie dans la voix il y' aura toujours des gens qui nous haïrons. 

Je m'avance vers elle, ma main se posant derrière sa nuque.

- On les emmerde, je souffle avant de rejoindre nos lèvres.

Je la pousse sans faire exprès, son dos percute la rambarde derrière nous. 

Mon autre main vient se caler entre elle et le fer rouillé. Mes lèvres ne quittant pas les siennes une seule putain de secondes. Elle est froide. Tout son être est froid à mourir excepté ses lèvres. Humides et chaudes. M'enveloppant d'une chaleur que j'avais presque oublié. Ma main dans sa nuque remonte dans ses boucles brunes. Je la maintiens à moi si fort qu'elle n'est pas prêt de s'échapper. Notre baiser à un goût de désespoir mais il est meilleur que tout ceux qu'on a déjà échangé. Parce qu'il nous représente. dramatique, fougueux, passionné. Je l'embrasse si fort que je sens le vide sous nos pieds. Seule cette foutue rambarde nous permet de ne pas nous écrouler tous les deux. Les mains d'Ezra  sont partout sur moi, comme pour se rappeler de chaque centimètres de ma peau. Et je la veux lui plus que toute autre chose au monde.

-Je t'aime, je finis par souffler entre deux baisers, C'est ça que j'aurais dû te répondre. Je suis désolé.

Elle se retire lentement, le froid effleure nos deux lèvres brûlantes. Elle ouvre les yeux, nos regards ancrés l'un à l'autre.

- Je veux te faire l'amour, elle me répond, comme si ça n'allait pas faire écrouler tout mon monde, Ce soir.

Je l'embrasse pour simple réponse. Mais je pense qu'elle a compris vu la façon dont je l'ai fais. Elle rit dans le baiser et s'éloigne doucement avant de murmurer :

- Profitons maintenant avant que l'on m'enferme à nouveau...

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant