144.Ezra

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Je sais que ça lui a fait mal. Je sais que, là, actuellement, il a le bide qui se tord dans tous les sens. Je sais qu'une larme peut s'échapper d'une seconde à l'autre et que si je tremble autant, c'est parce que c'est un point sensible, un sujet tabou.

Tony a peur, je crois. Il a raison. J'aurais peur aussi, en voyant Adam se diriger aussi rapidement vers eux. Je crois même que je me pisserais dessus. Je pense que je m'excuserais, que je me mettrais presque à genou.

Mais Tony est bien trop fier pour ça et il continue d'essayer d''impressionner ses pote. Moi je suis plantée là, j'ose plus bouger, plus respirer, je suis immobile comme une statuette. Je me torture la tête à essayer de lire dans le regard d'Adam pour savoir comment il a l'intention de réagir. 

...

Non, Adam ne frappe pas. C'est stupide de croire une seconde qu'il puisse faire quelque chose comme ça. Il ne se défend jamais. Jamais. Il ne crie pas non plus. Alors... Alors il va venir gentiment à mes cotés et continuer de les ignorer... Hein ? et rentré à l'appart avec moi hein?

...

Non ?

...

Il ne le fait pas.

Il se rapproche encore d'eux, maintenant il n'y a plus qu'un seul petit mètre qui les sépare et pourtant, ils éclatent de rire à l'unisson, comme si Adam était un minuscule bidule sans importance, un truc à ne pas prendre au sérieux, un être faible et vulnérable.

Et il prononce une phrase. Une seule phrase.

-Putain, mais c'est vous que je vais finir par envoyez en enfer si vous dégagez pas.

Une seule et unique phrase qui fait retomber un silence de plomb dans la rue. Comme s'il venait d'annoncer la plus grave nouvelle de tous les temps. Sauf que... Tony et les autres abruti sont bourrés. Pire encore, ivre-mort. Et il ne leur suffit que d'une seconde et demie pour éclater de rire ensemble, et les voilà déjà repartis dans un fou-rire interminable. 

Mais ça n'amuse pas mon petit ami. 

Et moi non plus, d'ailleurs. Je crois que je pourrais tuer pour être ailleurs en ce moment même, parce qu'Adam vient de se défendre pour la première fois, à cause de moi. Ou grâce à moi, j'en sais rien. Peu importe. C'est sans importance. Le fait est qu'il vient de répliquer quelque chose, même si ça n'a pas eu l'effet voulu. Mais il ne s'est pas laissé faire, sauf que ça me fait mal de savoir que c'est pour moi qu'il a fait ça. Il a tenu des années en supportant les insultes à mon égard et n'a pas su garder son calme une seule nuit lorsqu'elles m'étaient adressées. 

Et ça m'inquiète énormément. Je ne veux pas être le responsable de quoi que ce soit. Je préférerais mille fois qu'il se batte lorsque c'est de lui dont il s'agit, plutôt que moi. Puis j'ai pas besoin de son aide, en fait. Je suis une grande fille, je sais me défendre. Et c'est ce que j'aurais dû faire dès le début, d'ailleurs, au lieu d'attendre bêtement que Tony apparaissent à nouveau.

-Mais , tu nous avais pas dit que ton mec , il était protecteur ?C'est mignon tout plein, ça !

Ils ne me lâcheront pas, non. Évidemment que non. C'est moi qu'ils ont décidés d'emmerder, ce soir. C'est moi, pas Adam.

-Dégagez. Et puis foutez lui la paix.

Ça, c'était carrément flippant. C'était même la phrase la plus flippante qu'il m'ait été donné d'entendre .Jamais Adam ne m'a parlé de cette façon-là. Il m'impressionne. Il me fait peur, presque. Je dois avouer qu'il me coupe le souffle. Ça m'étonnerait cette fois que Tony trouve le moyen de rire là-dessus parce que la haine qui se dégageait du ton de sa voix, juste de sa voix, de sa simple voix, ferait même peur à un aveugle. Sans voir son visage, il nous terrifie. 

Il me rappel mon père. Il a une manière d'agir qui nous bloque, qui nous scie sur place. 

Comme lorsqu'il me fixe. C'est hypnotisant. 

Je crois que je me répète mais c'est parce qu'Adam est incroyable. Ouais, définitivement incroyable. Et définitivement fascinant, aussi.Et il m'appartient. Définitivement, il m'appartient. J'utilise pas mal de fois le mot définitivement.C'est juste pour rappeler que ça le restera toujours. Adam ne cessera jamais d'être incroyable, fascinant et de m'appartenir. 

C'est comme ça.

Je ne me rappelle plus de ce qu'il s'est passé ensuite. Vraiment, je n'en ai aucun souvenir. C'est parce que j'étais ailleurs, je n'écoutais déjà plus. J'étais bien trop occupé à essayer de réaliser ce qu'il venait de se passer.

La scène repassait en boucle dans mon esprit. Adam qui se dirige vers eux, qui les fixe, l'un, puis l'autre. Profondément. Puis qui s'avance lentement, qui incline la tête légèrement, et qui leur demande de partir, de me foutre la paix. Eux qui ne réagissent pas immédiatement. Le silence qui s'éternise. Nous restons là un long moment. Hésitant sûrement entre courir et s'enfuir loin d'ici, ou rester encore, continuer les mots blessants et prendre le risque de mourir littéralement sur place à cause du regard d'Adam. Ce regard. Je n'en ai jamais vu un pareil.

C'est tout. La suite, je ne la connais pas. Ou je ne m'en rappelle plus, du moins. Je crois qu'ils ont fini par partir parce que je suis seul avec Adam à présent, et il vient tout juste de me sortir de mes pensées en se levant et en secouant son jean presque son vêtement taché de sang. Qui n'est pas le sien.

Je viens juste de réaliser que ma bouche était restée entrouverte sous le coup de la surprise pendant tout ce temps.

Il tourne la tête vers moi et fronce les sourcils.

-Quoi ?

-Rien, rien...

-Ouais.

Il est encore visiblement assez énervé. Et moi, un peu perdu, là, tout de suite. Je dois avoir un regard de chaton qui vient d'être mit au monde et qui ne sait pas où il est. Et je doute, tout à coup. Je me demande si je n'ai pas simplement rêvé, ou halluciné, ou quelque chose dans ce genre. J'ai l'impression de venir de me réveiller d'un long rêve et... C'est bizarre.


Il ne faut plus jamais qu'Adam prenne ma défense. Ça le met dans un état vraiment trop inquiétant. Il ne controle plus rien. Je crois qu'il les a bien amoché.

non ce n'est pas le mots exactes :

C'est le mot : « Briser ».

Promet moi, Adam Mccarty, de ne plus jamais essayer de me venir en aide, de n'importe quelle manière qui soit, ne recommence plus, de ta vie entière, s'il-te-plaît.

Si tu savais l'effet que ça me fait.

j'ai peur des représailles.






Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant