Chapitre 9 - Iro

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Iro retira la dernière brindille coincée dans les joints de son armure, et frotta les traces de boue - est-ce que c'était pas du sang, ça ? Il préférait ne pas savoir - mais il ne réussit qu'à incruster davantage les tâches sur ses vêtements. Il soupira. Il n'aurait jamais le temps de récurer ça en marchant ... peut-être qu'Elys pourrait l'aider avec un de ses petits sortilèges, mais pour le moment, le Maegis n'était pas en état de faire quoi que ce soit de magique.

- Plus vite on sera à l'intérieur ... 

Elys actionna la poignée et poussa la porte de l'auberge, sans succès. Il recula avec un grognement frustré, puis jeta un coup d'oeil perplexe par la fenêtre.

- C'est fermé ? Mais ... il y a du monde à l'intérieur ...

Iro essaya à son tour, en forçant légèrement - la porte sortit à demi de ses gonds, pivota avec un grincement fracassant et termina sa trajectoire contre un poteau de bois près de l'entrée.

- Ou alors, c'est protégé contre les petits bras des Maegis ! rigola Elys avant de se glisser à l'intérieur.

Iro déglutit, et remit la porte en place. Le faune assis sur la table la plus proche le fixa, une tasse à mi-chemin entre la table et sa bouche - Iro se pressa de suivre Elys vers le bar circulaire au centre de l'auberge et se fit le plus petit possible. Pas qu'ils avaient eu une chance de passer inaperçu avant ... avec Elys, c'était perdu d'avance. Le Maegis était aussi lumineux qu'une fleur ouverte dans une caverne. Quelques faunes lui lancèrent un regard méfiant, et Elys leur répondit avec un sourire poli – assez pour leur faire détourner la tête.

- Loin de chez vous, hein ? les aborda un des serveurs alors qu'Elys tirait un tabouret libre vers le bar.

Iro le dévisagea avec suspicion - son sourire jovial pouvait tout aussi bien être un sourire carnassier, et son regard rieur cachait peut-être de mauvaises intentions. A la gauche d'Elys, un faune à demi-écroulé sur le bar grommelait de façon incompréhensible et dégageait une odeur de sueur, d'alcool et de bois brûlé qui était difficile à ignorer.

- Qu'est-ce qu'il vous faut ? demanda le serveur.

- Et bien ... je ne serais pas contre une grande tasse de thé Vahè, pour commencer !

- Loin de chez lui mais pas totalement perdu, donc ? 

Le faune attrapa une tasse qu'il remplit d'eau chaude, et y versa quelques pincées d'herbes sèches qui se mirent aussitôt à luire comme si elles étaient encore vivantes. Iro jeta un oeil vers les cinq alcoves principales autour du bar, où il compta un total d'une vingtaines de tables pleines de clients agités, principalement des faunes. Au-delà de cette première rangée d'alcôves, il en répéra d'autres, plus petites et plus calmes, à peine éclairées par des fleurs pendues au plafond et les boissons fumantes. Placés ainsi au centre, ils étaient bien trop exposés, surtout après l'attaque - comment Elys arrivait à se comporter comme s'il ne s'était rien passé ?

- Et pour l'hybride qui a l'air prêt à étriper la moitié de mes clients, ce sera quoi ?

Iro cligna des yeux, les muscles tendus et les mains serrées sur le rebord du bar. Elys lui lança un regard rieur, et le faune attendit sa réponse, une oreille dressée. 

 - La même chose, marmonna Iro.

Il relâcha la pression dans ses doigts – assez pour qu'ils reprennent leur couleur verte, du moins.

 Elys lui tapota le bras. « C'est un endroit sûr ici, tu peux te reposer un peu, affirma-t-il.

Le faune poussa vers eux deux tasses fumantes baignées d'une lumière violette.

Une fleur pour le roiLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant