140.Adam

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On arrive au lycée. On a encore quelque jour pour réfléchir à notre décision.


On est à l'heure et pourtant on s'est pas dépêché. Ce qui me dérange un peu, c'est Betty. Pourtant d'habitude elle me colle, elle me regarde avec un sourire en coin, elle me suit, me demande l'heure qu'il est alors qu'elle a une montre ou bien ma note au dernier contrôle alors que je la lui ai déjà dit. Mais elle était mignonne et elle s'intéressait à moi.

Elle ne m'adresse plus la parole. Quelque chose s'est brisé entre nous et je sais déjà qu'on ne le surmontera pas. Parce que c'est comme ça. Parce qu'elle a peur de m'approcher et c'est trop important pour passer au-dessus.

Je n'ai jamais voulu faire peur aux gens.

 Les gens baissent la tête quand je passe à côté d'eux, les gens m'ignorent, font comme si je n'existais pas. Et je suis fier. Je suis fier parce que pour la première fois de ma vie, je suis quelqu'un. Ils me voient comme je suis vraiment, mon vrai visage. J'en ai rien à foutre que ça plaise ou pas. Ça fait peur aux gens. Cette relation Ezra et moi, on les fait flipper sans aucune raison. Juste parce qu'on est différent. Juste parce qu'on est nous-même.Juste parce que c'est ma demi-soeur. Et si être soi-même, ça veut dire être mis de côté, être rejeté, être un intrus, alors tant pis.


J'en avais marre. J'en avais marre de m'épuiser corps et âme pour plaire, pour satisfaire, pour rentrer dans les normes. Une belle image dans un lycée, ça met du temps à se construire. Faut se marrer tous les jours, faut faire des blagues, faut déconner, faut aller aux soirées, faut vanner les faibles. Sinon t'es rien, sinon tu te fais bouffer, sinon c'est terminé. J'ai passé des années à essayer de me coller l'étiquette d'un mec normal alors que ça voulait rien dire. Et ça a jamais rien voulu dire. J'ai tout brisé. J'ai fracassé cette belle image en deux et j'ai même pas envie de chialer. 

Finalement je me suis décidé à écouter le prof nous faire son charabia habituel sur les examens de fin d'année et l'importance qu'ils avaient, les enjeux qu'ils pouvaient avoir sur notre avenir, sur notre métier, sur notre vie en général, maintenant je ne sais plus la suite, j'ai décroché, perdu le fil, je n'écoute plus, ou que d'une oreille. Je n'écoute plus et je m'en fous pas mal de toute façon parce que ces examens, je sais déjà que je vais tous les rater, puisque de toute façon je n'en suis pas capable. J'ai rien foutu pendant des années, je pourrais pas tout rattraper aussi vite.

L'heure passe trop vite, déjà il ne reste plus que dix minutes avant la pause déjeuner, les autres ne tiennent plus en place, les ventres s'affament, les esprits s'agitent, les murmures s'amplifient et moi je me perds à nouveau, de toute façon je ne fais que ça, tout le temps, être perdu, sans cesse. Je voudrais disparaître parfois, me fondre dans le décor, devenir un objet, n'importe quoi, et observer toute la journée sans que personne ne prête attention à moi. Je me perds à nouveau et j'observe ma copine.

Ça sonne. 

Je me lève, fais grincer ma chaise en la ramenant contre la table, j'attrape mon sac trop lourd et Ezra est déjà sorti de la salle, elle m'attend surement à la cafeitera. Dans les couloirs, je marche en silence et sans regarder personne, ils deviennent des formes qui s'agitent mais je ne m'arrête pas sur eux parce que je n'en ai pas la moindre envie. 

J'aperçois Betty au loin, elle s'approche instinctivement je crois, comme si elle en avais besoin au fond. Nos regards se croisent et rapidement je met à chercher un autre, paniquée, je cherche n'importe qui, quelqu'un pour me sortir de là,  réfléchis merde Adam , merde, elle me veut quelque chose.

-Pourquoi tu m'évites ?

Autour de nous les gens nous bousculent, ne s'arrêtent pas. Je lui attrape le poignet sans lui faire mal et elle tremble.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant