Paragraphes et alinéas

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Pavés et alinéas — une erreur (heureusement) rare

Il existe de nombreux articles qui discourent, presque à l’infini, sur la longueur des alinéas qui sont appropriés, mais bien peu qui révèlent cette règle fondamentale : il faut choisir entre un alinéa et un espace vertical entre les paragraphes. Ces procédés sont incompatibles entre eux, pour une simple et bonne raison : un seul signal suffit au lecteur. Le lecteur n’est pas un imbécile (en principes) et n’a pas besoin qu’on lui cogne sur la tête avec un marteau pour l’informer d’un changement de paragraphe. C’est une règle si bien connue (et intégrée) que les manuels n’y font pas souvent référence. Certains vont même jusqu’à bannir l’emploi de l’espace vertical, qui est une mode anglo-saxonne. Je n’irai pas jusque là.

N’empêche, si vous avez du mal à me croire, vous n’avez qu’à faire le test vous-même : allez prendre n’importe quel roman qui passe à votre portée et ouvrez-le. Vous verrez que les paragraphes sont délimités par des alinéas. C’est le cas de tous les livres de fiction en français (et en anglais aussi, d’ailleurs). Et il y a de bonnes raisons à cela.

De manière générale, l’espace entre les paragraphes est nuisible. C’est bien sûr une règle qu’il faudrait nuancer, mais ce n’est pas le propos de cet article. Il suffit de savoir que l’espace entre les paragraphes sépare le gris typographique en plusieurs masses, ce qui nuit à l’unité visuelle de la page. Il rend impossible l’alignement du texte d’une page à l’autre. Il cause l’irrégularité des espaces blancs en bas de page. Enfin, il peut porter à confusion dans les cas (nombreux), où des parties différentes d’un même chapitre sont séparées par une ligne blanche. Il n’a, à ma connaissance, jamais été employé dans un livre de fiction. Il est courant sur le web (par exemple, cet article), mais notez que la plupart des problèmes énumérés ne sont plus applicables dans ce cas.

Je me permets un petit aparté pour souligner ici que cet espace vertical ne devrait jamais être supérieur à la hauteur de ligne, afin de ne pas aggraver son impact sur l’unité de la page. Typiquement, il est égal à la moitié de la hauteur de ligne. Je le souligne, parce que le fait de laisser une ligne blanche entre les paragraphes est une erreur encore trop fréquemment commise par les rédacteurs, qui ignorent les règles de mise en page, ce qui empoisonne la vie des graphistes, infographistes et autres monteurs. Donc, ne séparez jamais vos paragraphes par une ligne blanche.

Quel que soit le mal que l’on peut penser des espaces interparagraphes, ils ne sont pas une erreur. Seulement une faute de goût. Ce qui est une erreur, comme je l’ai exprimé plus haut, c’est d’employer les deux procédés. À ma connaissance, il n’y a que les Éditions de la Mortagne qui commettent cette erreur, qui dévisage l’ensemble de leur production. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais lu un de leurs livres, malgré leur abondant catalogue en fantasy. Espérons qu’ils en viendront bientôt à des pratiques plus professionnelles, et sauveront quelques arbres au passage.

Et si vous montez votre propre livre, pensez à ceci : monter votre texte à l’aide d’un simple alinéa vous fera épargner beaucoup de pages. Profitez-en pour imprimer quelques copies de plus, et rentabiliser votre investissement.

Longueur appropriée d’un alinéa

Je ne vais pas me répandre sur ce sujet. L’alinéa typique dans un livre de fiction est d’un et parfois deux cadratins. Employez la méthode qui vous plaît le plus.

Il existe d’autres considérations comme la longueur de ligne, mais comme elles tendent à peu varier dans le contexte qui nous intéresse, s’en tenir à un cadratin est probablement la meilleure solution.

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