Gris typographique et justification du texte

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La mise en page de livres n’est certainement pas une science exacte. Les papier, les couleurs, les fontes peuvent se multiplier pour créer des mises en pages parfois très originales. Mais c’est rarement le cas avec les ouvrages de fiction. À part quelques cas très spécifiques, comme des livres abondamment illustrés ou les livres pour enfant, tous les livres de fiction obéissent à certaines normes. L’apparence très monotone de longs textes gris et sans aspérités est bien connue de tous. À part quelques subtilités, ils ont tous la même apparence. Et il y a de bonnes raisons à cela.

La première, on le conçoit bien, est la lisibilité. Au cours de l’histoire de l’imprimerie, bien des expériences furent tentées, et une sorte de sélection naturelle s’est exercée, donnant le modèle le plus aisé à lire. Un roman est avant toute chose un très long texte. Son objectif est généralement de divertir. Ces deux caractéristiques rendent nécessaire d’éliminer toute nuisance à la lisibilité. La forme doit s’effacer le plus possible, devenir invisible, sans aspérités, froidement efficace. Cela peut froisser les élans créatifs, mais il faut se rendre à l’évidence: ce qui importe ici, c’est le texte. L’art doit se trouver dans le texte, non dans le format.

À part la lisibilité, je conçois une autre raison à un respect scrupuleux des normes habituelles: la crédibilité. Avec le concurrence féroce que rencontrera le livre que vous montez, vous ne pouvez vous permettre qu’il fasse amateur dès le premier coup d’œil. Nous verrons plus loin que la justification du texte, par exemple, ne le rend pas plus lisible. Ce serait plutôt le contraire, la taille irrégulière des espaces tendent à nuire à la lecture. Néanmoins, elle est de mise dans les ouvrages de fiction. Elle est devenue une norme au point que, dès le premier coup d’œil, un texte ferait amateur si son texte était aligné à gauche, par exemple (en passant, ne centrez jamais votre texte, pas même et surtout pas la poésie; le centrage automatique devrait être réservé aux titres, et reste optionnelle même à ce niveau).

Voyons maintenant les plus importantes de ces normes. Cet article portera sur la justification. Les alinéas et les entrées de chapitre feront l’objet des prochains articles.

Justification du texte

Tous les textes de fiction, sauf rarissimes exceptions, sont justifiés. La raison en est bien simple: la justification apporte une apparence régulière au texte. Alors c’est entendu. Vous appuyez sur l’icône de justification de votre logiciel et vous passez au chapitre suivant. Non?

Non. Surtout pas. Ce n’est pas si simple.

La justification du texte implique que les espaces sont agrandies ou (plus rarement) resserrées afin de coller les extrémités de chaque ligne à votre marge.

Tous les ennuis viennent ensuite de là.

Tout d’abord, des espaces plus larges augmentent le risque que des lézardes (on utilise parfois l’anglicisme «rivière») se dessinent dans votre texte. Ce terme désigne une sorte de lézarde d’espace blanc dans votre texte. Ces lézardes disgracieuses viennent distraire le lecteur, détruisent l’uniformité du gris typographique et sont la marque de commerce des graphistes du dimanche.

Ensuite, les espaces trop larges nuisent à la lecture, et les espaces trop irrégulières aussi. Idéalement, toutes les espaces du texte devraient être sensiblement égales. Plus vous vous rapprocherez de cet idéal, et plus votre texte sera bien monté.

Enfin, certaines espaces ne doivent pas varier. Les espaces de ponctuation, en particulier. Une espace précédant un « : » par exemple, doit absolument rester fixe, et les espaces fines doivent rester fines.

À tous ces problèmes, il existe des solutions. Et c’est ici que vous serez heureux d’avoir un vrai logiciel de mise en page et non un traitement de texte.

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