132.Adam

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De toute façon je n'ai pas la force de me reprendre, c'est trop tard, c'est terminé. J'ai déjà été jusqu'au bout du ridicule, j'ai touché le fond, j'ai dépassé la ligne depuis bien longtemps, je suis déjà bien assez humilié alors je peux me permettre de continuer, juste pour voir s'il existe une limite pour ces choses-là. Juste pour voir jusqu'où je suis capable d'aller dans la barre de honte.Donc je continue. Je continuer à hurler parce que de toute façon, je n'ai pas la force de récupérer le peu de dignité qu'il me reste et que je vois s'éloigner petit à petit. 

Je suis toujours pieds-nus et pourtant, je brûle. J'ai l'impression de m'enfoncer dans un océan d'eau bouillante et de me noyer dedans. J'ai l'impression de m'effondrer sur le sol d'un désert sec et de me laisser aller, de me laisser tomber. J'ai l'impression d'être au bord d'une falaise et de m'y jeter. 

Je suis en train de chuter vers le bas et il n'y a pas de fin. Et cette fois ce n'est pas un cauchemar parce que je suis vraiment là. Parce que c'est réellement en train de se passer.

Cette fois, c'est vrai. C'est pour de vrai. Je suis avec elle. Chez elle. Je lui hurle que je veux mourir. J'ai tout foiré.

Je ferme les yeux, parce que la douleur est trop vive. Cette fois, c'est la fin. Pour de vrai. Je suis loin. Je ne suis même plus chez Ezra: J'essaye de souffler parce que je crois que la fonction « respiration » revient et je prends conscience de ce qu'il s'est passé. Je pense que les choses n'ont jamais été pires. J'ai déjà pleuré, mais jamais autant. J'ai déjà crié, mais jamais avec une telle force. Et je me suis déjà détesté, mais jamais de cette façon-là. 

Jamais au point de me souhaiter ma propre mort. Jamais au point d'espérer partir, m'évanouir, tomber dans le coma.

La vérité c'est que je cherche une issue parce que je ne suis pas heureux ici et que si le bonheur ne se trouve pas sur Terre, il est ailleurs. Il est avec Ezra  mais c'est valable seulement pour la nuit et je ne peux pas me permettre d'attendre que le soir tombe pour être bien. C'est trop long. Il me faut autre chose. Il faut que je parte et si mourir est la seule solution, j'accepte. Mais je ne peux pas mourir parce que j'ai besoin d'elle et parce que si je meurs, je serais sans elle. 

Alors peut-être que si je meurs, je ne serais plus rien, parce que pour être honnête je n'ai absolument aucune idée de ce qui vient après. Peut-être que si je meurs, c'est elle qui se retrouvera toute seul. Mais de toute façon quoi qu'il en soit, si l'un de nous deux meurt, on sera séparé et je ne peux pas le concevoir parce que je lui avais promis de rester avec elle. Et puis c'est glauque à ce genre de chose, je ne peux pas me permettre d'avoir des pensées aussi noires, ou alors ça voudrait dire que ma mère raison depuis toujours, que je dois voir un psy.

Je suis calmé. Je crois. J'ouvre les yeux et Ezra n'a pas bougé. Ou du moins, son corps n'a pas bougé. Mais ses deux yeux se sont carrément transformés en un océan de larmes.

-Mon coeur , tu pleures ? Ezra...Désolé, je voulais pas te faire peur, je voulais pas te rendre triste...

Et puis je réalise que je suis redevenu moi meme. Que même si ma voix tremble encore un peu, j'ai la force de parler normalement, d'articuler quelque chose de sensé. Je comprends que quand il s'agit d'elle, de ce qu'elle ressent, alors j'oublie le reste. Et puis tout à coup ça n'a plus d'importance. Je me sens capable d'affronter la honte de ma famille à mon égard, mon échec scolaire, ma haine envers moi-même, tout le reste. Je me sens capable de tout surmonter parce qu'elle, est sur le point de pleurer. Et ça, c'est bien plus important.


Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant