129.Adam

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J'entre dans ma chambre et j'attrape le petit emballage cadeau posé sur ma commode, entre un cahier déchiré de tous les côtés et un manuel scolaire jamais ouvert. Il y a cette espèce de boule en bas du ventre qui me tord l'estomac, comme si cette fois-ci je dépassais les bornes, comme si ma conscience me hurlait que je la désespérais, que j'étais un éternel taré, comme si d'une certaine façon ce côté de moi m'admirait de faire quelque chose d'aussi osé que de planter ma famille pour rejoindre une meuf.  Cette meuf. Je suis presque impressionné de ce que je suis capable de faire. À moitié fier et honteux, entre les deux. J'ouvre la fenêtre et cette fois, je me sens oppressé. Comme si dès que je mettrais un pied dehors, je serais coupable. 

Je m'en veux mais j'ai besoin d'Ezra et je ne peux pas la laisser toute seul le soir de Noël. Parce qu'elle est toute seul. Parce que sa famille merveilleuse n'existe pas. Parce qu'elle n'a pas décoré de sapin ce soir. Parce que sa mère n'est plus là . Parce qu'elle est elle . Elle est simplement Ezra. Je ne peux pas m'attendre à ce qu'elle  passe un Noël heureux parce qu'elle -même n'est pas heureuse.

Parce que même si j'essayais de me rassurer et de me persuader qu'elle allait faire la fête avec ses parents ce soir, c'est qu'une putain d'image, un truc qu'on fait pour se rassurer, comme quand on a peur des monstres lorsqu'on est petit et qu'on se dit que ça n'existe pas. N'importe quoi. Les monstres existent. Bien sûr qu'ils existent.

Ça s'appelle un démon et c'est une peur réelle.

Ezra est là bas, je la sens avant même de la voir. 

Je longe le pont et c'est spécial parce qu'il y a ces souvenirs qui remontent...

C'est Noël. C'est vrai. Au fur et à mesure que je m'approche, ça se met en place dans ma tête et quand je suis enfin à sa hauteur, je réalise. C'est le soir de Noël et elle est sur le pont. Et moi, qu'est-ce que je fais là, ici, au lieu d'être chez moi, hein ? On est deux cons. On nous changera pas, n'est-ce pas ? On est deux débiles qui préfèrent se retrouver la nuit au lieu de faire la fête. Mais j'avais espéré secrètement ne pas le trouver ce soir. C'est sombre, ça. C'est terrifiant. Elle est toute seul. Et pour finir, elle n'a même pas un seul membre de sa famille qui se préoccupe de savoir où elle passe Noël. Je n'ose même pas aborder le sujet de l'état dans lequel je la trouve. 

Parfois elle va bien. Mais parfois elle  a les joues tellement creuses, et ses cernes, ses cernes putain. Mais elle reste magnifique à mes yeux , elle est vêtu d'une jolie robe blanche en  dentelle à manche longue. 

-Bonne anniversaire Adam.

Mais putain Ez, ferme-là. On s'en fout de mon anniversaire, tu crois pas qu'il y a plus urgent ?

-T'es toute seul Ez,  t'es toute seul un soir de Noël.

Et là je réalise que je lui en veux carrément. Je sais pas, c'est comme si  elle s'en foutait. Elle cherche jamais à aller bien mais bordel, comment elle peut me souhaiter un bon anniversaire alors qu'elle ne passe même pas un bon Noël.

-C'est pas grave. Tu t'assois pas ?

J'ai pas envie de m'asseoir. 

J'ai envie de te crier dessus parce que mon dieu, ce que t'es conne. 

Tu vois même pas que le plus beau cadeau que je pouvais recevoir pour mon anniversaire c'est que tu t'amuses ce soir. Toi t'es là, comme une petite gosse innocente à me souhaiter un « bon anniversaire » Mais putain Ezra, un anniversaire c'est bien que si on est heureux et en te voyant là ici un soir de Noël ça me fout mal tu comprends pas ? Tu comprends pas. 

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant