Sous les yeux

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Sous les yeux

(en cours de correction)

Sur un air entraînant de piano, mes doigts courant sur le clavier aidaient mes souvenirs à refaire surface.

Je me souviens de ce jeune homme qui regardait son père pleurer jusqu'à oublier qu'il était. Il observait le chagrin dévorer un homme perdu et fragile, mais qui ne se brisait pas. Devant son fils il parlait doucement et embrassait son front avant de le coucher en lui assurant que tout irait bien. Mais est-ce que rien ne pouvait être pire qu'en ce moment, alors bien sur que la seule issue était d'avoir l'espoir que ça aille mieux. Pour lui. Le petit garçon, devint un grand garçon et son père tenta de sortir de sa solitude en se remariant avec une très belle femme. Avarelle n'était que plastique. Une jolie poupée au cœur asséché mais elle rendait le père un peu moins triste alors le grand garçon accepta de la côtoyer. Jamais il ne l'appela « mère » car le dégoût se lisait sur son visage malgré ses sourires. Ses yeux brillait des richesses et possessions de sa famille et lorsque le père devint trop fragile il se brisa laissant son fils avec cette femme, cette veuve vêtue de noire...

Le grand garçon se plongea dans les études, il avait eut la chance depuis son plus jeune âge de fréquenter des gens d'esprits, des personnalités respectées pour leur intellect ce qui nourrit la soif de savoir et de connaissance du jeune fils. À presque treize ans il parlait déjà couramment trois langues et jouait de plusieurs instruments de musique, notamment du piano et du violon. Il connaissait par cœur le tableau périodique des éléments et il arrivait à converser avec de grands professeurs universitaires sur des sujets de préoccupation comme l'exploration spatial et l'impact de l'Homme et son évolution sur la Terre.

Aux échecs, au mahjong il excellait et il s'illustrait facilement parmi les brillants esprits de son époque. Génie ou prodige ? Il n'était rien de cela, le grand garçon commençait à considérer qu'en effet il était supérieur à ces vieux hommes radotant, mais il constata également l'horrible faiblesse des intelligents à rester sur leur acquis et à croire que la connaissance était domptable. Connaître un sujet entièrement revient à simplement reconnaître ses propres limites.

Voir de façon linéaire était inconcevable... dans sa tête tout éclatait, se déconstruisait pour former une multitude de schémas, un champs de possibilité infini... il prenait en compte tous les facteurs en jeu sans s'occuper du sens morale de ces derniers.

Vous n'imaginez pas la satisfaction qu'il avait à découvrir et voir cela à son âge. C'était comme sortir la tête de l'eau. Respirer. Comme regarder l'historie de ce monde depuis les coulisses... Il se passionna pour les civilisations antiques et païennes. L'art de la guerre à travers les âges. Tout ce que ce monde avait à offrir d'étrange devint sa tâche, ses recherches mais, devant ces hommes respectés pour leur intellect il conversait en jouant des codes... toujours un peu moqué pour son bégaiement et fréquemment coupé, les pionniers lui pardonnaient la fougue de son jeune âge, car un jour le petit comprendrai le sens de ce monde. Un monde qui échappait totalement à tous. Bien sur que cela nous échappait et c'était pour cela qu'il ne cessait d'être intelligent et d'évoluer... car il avançait et ne restait pas sur ses positions. Pour tout savoir il faut faire le tour en partant du principe qu'... on en verra jamais le bout... la surprise et l'échec font partie du voyage, de l'expérience...

Avarelle faisait souvent de grandes fêtes dans leurs appartements de Vienne. Elle prenait plaisir à inviter du beau monde pour parler affaire et surtout faire ses petites affaires. Concubine quelque fois pour redevenir rapidement gémisseuse sur divan. Depuis sa chambre au font du couloir, le grand garçon devenu jeune homme écoutait les rires flottants dans sa maison qu'il voyait à présent comme le nid sordide d'une araignée...

Le jeune se souvient de la première fois où Georges, un écrivain français, s'était invité dans sa chambre prétextant fuir la vantardise de sa belle-mère. L'homme de près quinze ans son aîné était resté là, assit sur le lit, fixant le dos du beau fils de la femme qui partageait sa couche. Cette même femme qui gloussait dans le salon entouré de coqs.

Georges venait à chaque réception, flattant ses semblables avant de se réfugier dans la chambre du garçon dans un petit sourire soulagé. Il ne prêtait que peu d'attention au français continuant à étudier. Ces longs moments de silence furent brisés lorsque Georges interpella le garçon sur le sens de ses poèmes. Le français avait lu le carnet qui se trouvait sur la table de chevet. Dans son dos il avait franchis la limite du domaine privé de l'adolescent.

Je revois l'adolescent échanger brillamment avec l'auteur. Des discussions intéressantes et toujours plus passionnées si bien, que Georges prit à cœur de lui enseigner ce qu'il savait. Dans le salon les rires continuaient de s'élever n'atteignant que peu la chambre au fond du couloir devenu leur cabinet d'échange. Un lieu où il se retrouvait pour parler, simplement parler, jusqu'au jour où cela se mua en une chose qui changea l'adolescent en jeune homme.

L'année de ses dix-sept ans, un soir, Georges le rejoint dans sa chambre comme d'habitude pour discuter, mais son ton était fébrile. Le jeune homme lui fit la remarque plantant son regard dans celui de son mentor. Ce dernier lui avoua franchement son attirance, il lui avoua que depuis qu'il le connaissait son amour n'avait cessé de grandir, mais qu'il n'avait jamais pensé à plus jusqu'à récemment. Georges voyait en lui un éphèbe captivant, sa muse, son inspiration, son Salaï... Le jeune homme resta interdit devant ses déclarations, il n'avait pas vu ce schéma... il ne pensait que peu à l'amour, très peu au désir charnel, mais il n'avait surtout jamais pensé aux femmes. L'adolescent découvrit un nouveau jeu, de nouvelles choses et expériences à pratiquer alors il commença à pousser Georges dans ses retranchements.

Je me rappelle de la satisfaction du jeune homme devant la longue et lente descente aux enfers de Georges. Il était le pêché, le serpent...

L'écrivain était rapidement devenu le gentil chien du garçon. Leur innocentes entrevue sur la beauté des livres était devenu de douloureuse séances de lecture érotiques. Léchant avidement les pieds du prodige réclamant de se faire soumettre par lui, sous le regard impitoyable de son maître il se faisant délicieusement torturer... Les entrevues n'étaient que des jeux et jamais le maître dépassa cette ligne. Aucuns baisers. Aucuns contacts en dessous de la ceinture.

Je me souviens du gémissement de trop. L'erreur du garçon fut de ne pas avoir bâillonner assez fort ce porc qui bavait sur ses cuisses, se frottant à sa jambe dans d'étranges supplications lubriques.
Assit, sur sa chaise, le jeune homme tourna la tête vers sa belle mère, son expression se déformant dans un sourire narquois. L'homme qui allait et venait entre ses cuisses n'était rien d'autre que le chien de son beau-fils.

Je revois l'expression d'Avarelle. Le jeune homme devenu homme aurait pu jouir de plaisir devant le hurlement d'horreur que retentit dans la maison. C'était amusant de la voir si ... fragile... mais pas totalement brisé... pas encore ...  

L'Antre du LapereauLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant