Sous la peau

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Sous la peau

(En cours de correction)

Plus loin.

Dans d'amples mouvements, je vais chercher toujours plus loin pour que mon geste ne reste pas en suspend. Mon corps s'étire et s'étend dans d'élégantes courbes tandis que je me cambre. Une petite rotation, un demi-tour puis j'ondule... Au rythme du piano, j'évolue avec grâce pour libérer mon esprit embrouillé par des idées noires. Aussi délicieuses soient-elles je dois résister. Aussi délicieuses soient-elles je ne dois céder.

-TOUS ST-stu-STUPIDES !

Dans un excès de rage je viens frapper le piano faisant sursauter le musicien. Je lui demande de sortir avec le peu de calme qu'il me reste. Tremblant et crispant les mains sur le bois de l'instrument allant jusqu'à rendre la jointure de mes phalanges blanches.

Je me souviens d'un petit garçon aimant les papillons, jouant toujours silencieusement dans sa chambre. Sous le regard bienveillant de sa mère il était gêné de ses différences ; de ses iris qui n'étaient en rien jumelles et du petit museau de rongeur qu'il arborait, cachant souvent son visage avec un beau masque vénitien molto. Il allait voir sa mère en faisant de maladroites courbettes pour donner l'illusion d'être le beau prince d'une contrée lointaine.
Aujourd'hui encore je me rappelle de ses rires qui résonnaient dans la maison, si francs, plein de bonté et de gentillesse. Sa mère, Angelika, pareil à un ange faisait partie des gens bons de ce monde. Pur et sans une once de méchanceté. Elle n'était qu'un magnifique soleil rayonnant de bonheur à la longue chevelure faite de fils d'or.

Angelika, aimé des anges.

Elle répétait souvent que chaque personne en ce monde avait un ange, et que lorsque l'on le trouvait c'était le plus beau jour de sa vie, après la naissance de son petit lapin. Elle embrassait à chaque occasion le visage de son fils, lui donnant tellement d'amour. Ce dernier ne comprenant pas vraiment toute cette joie.

Un jour le petit garçon deviendra un homme et lui aussi trouvera l'ange qui veillera sur lui, tout comme elle, elle avait trouvé son époux, son père.

Je me souviens de ce petit garçon qui se demandait comment il reconnaîtrait son ange...

L'amour. Le petit garçon avait grandit dans tellement d'amour que cela lui échappait totalement. Ce foyer si chaleureux comme un rêve, un enchantement était si différent du monde extérieur. Le petit garçon se tenait droit et impassible sous la pluie de coups et les giclées de boues qu'on lui lançait au visage.

Il rentrait souvent couvert de saletés avec quelques bleues et blessures. Le petit garçon ne pleurait pas et ne comprenait pas l'écart qu'il y avait entre tant d'amour et tant de haine. Il ne se plaignait pas et continuait de vivre parmi les moqueries. Monstre.

Cela ne l'affectait pas car il ne comprenait pas trop sur quoi ils se basaient. Dieu a créé l'Homme à son image. Aime ton prochain. Que voulait donc dire ces phrases que les gens répétaient souvent ?
Le petit garçon ne comprenait pas pourquoi ses parents se disputaient, sa mère voulait le changer d'école et son père ne voulait pas fuir la réalité, le petit garçon devait apprendre à faire face aux autres c'était ce que pensait son père.

Dans l'embrasure de la porte, je me souviens avoir entendu maman pleurer... un son magnifique et cristallin. La tristesse avait un si jolie son mais il réveillait une tempête incontrôlable dans le coeur du petit lapin.

Silencieux.

Un jour le petit garçon et sa mère furent convoqués dans le bureau de la directrice de l'école. Et la mère menti. Avec aplomb elle affirma que son fils n'avait rien a voir avec cette histoire sordide de chat et elle partit serrant bien fort la main de son fils. Angelika savait ce qu'il avait fait, elle l'avait vu et cela lui fendait le cœur. Le petit garçon avait obligé sa mère à mentir...

Le chat de son voisin, Hans Krammer, avait été exposé tout le long de leur corde linge. Comme une guirlande faites de boyaux, d 'un œil à sa dernière vertèbre, le chat avait été suspendu dans le jardin de son petit tortionnaire.

Prit sur le fait, il avait rejoint calmement sa mère qui vérifia que personne ne les ai vu et lui demanda pourquoi il avait ça. Lui si discret d'habitude.

« Je v-vou-voulais sav-voir... ce qu'il y a-avait dans le ch-chat. Il m-manque une oreille au ch-chat... alors- p-pourq-quoi il l'aime t-tant ? »

Je pense que la mère fut prise de court pas la raison de son fils. Le monde était cruel... pour un enfant. Elle le prit dans ses bras et le berça, se retenant de pleurer.

Je me souviens de ce petit garçon au chevet de sa mère, lui demandant pourquoi elle mourrait. Elle avait sourit tendrement, embrassant son front... s'éteignant lentement dans cette chambre d'hôpital sordide de Vienne.  

L'Antre du LapereauLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant