128.Adam

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« JOYEUX ANNIVERSAIRE ADAM! »

C'est que j'ai le genre de mère à tout oublier le jour de mon anniversaire, à rentrer en trombe dans ma chambre à neuf heures et demi, à me sauter carrément dessus, à m'embrasser de partout et à s'époumoner dans ma chambre qu'aujourd'hui est ma journée et que je dois profiter, tout en tirant les rideaux d'un coup sec pendant que je me cache le visage parce que la lumière inonde trop vite la pièce et m'éblouit rapidement.

Je n'ai jamais aimé faire semblant. Mais aujourd'hui c'est mon anniversaire et je n'ai pas envie de tout gâcher. Ce serait trop con. Alors je vais faire comme si ce sera pareil demain. Comme si ma mère me réveillera de la même façon, comme si demain, ils me prépareront un repas aussi bon, dresseront une table aussi belle. Il est à peine midi mais il y a cette odeur de poulet-frite qui se répand dans tout le salon alors je me mets à table et j'attends qu'on me serve. C'est ma journée aujourd'hui, comme ils l'ont dit. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Ezra, de l'imaginer décorer un sapin de Noël avec ses parents, le sourire aux lèvres, avec des dizaines de cadeaux qu'elle observe les yeux pétillants.

 Je sais que ce n'est pas comme ça que ça se passe en réalité. 

Mais j'aime bien m'imaginer qu'elle est heureuse pour de vrai alors je me laisse penser ça parce que ça me fait du bien. Parce qu'au fond si elle va bien, j'irais bien.

Ma grand mère débarrasse, mon beau père ramène de belles assiettes à dessert sur la table, pendant que ma mère préparent les bougies du gâteau dans la cuisine. C'est chaque années pareil et je commence à être habitué. J'espère qu'un jour, ils changeront, qu'ils m'emmèneront dans un restaurant, n'importe où mais ailleurs.

Il y a vingt bougies. 

Le gâteau est un fondant au chocolat avec des fraise au milieu. Alexis s'approche pour souffler les bougies mais mon beau père le repousse gentiment et ils me laissent la place. Ma mère est partie chercher l'appareil photo. Et moi je suis là, comme un con, parce qu'ils n'ont pas fini de chanter leur chanson stupide.

Alors je souris. Je souris de toutes mes dents pour passer le temps et mon long moment de solitude.

« Joyeux anniversaire, Adam... Joyeux anniversaire, Adam... Joyeux anniversaire... Joyeux... Anni...versaire... ! »





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Ça sonne à la porte. Les invités du dîner de ce soir. Génial. Je me dépêche de finir de me peigner et puis finalement, je me rends compte que ma coiffure ne va pas, que c'est moche.J'essaye de replacer quelques mèches comme avant, en vain. Tant-pis. De toute façon, je n'ai pas besoin d'être bien coiffé ce soir. 

J'ai juste besoin d'être là, et encore, c'est à peine si on remarquera ma présence.

Parce que les tâches sur les tableaux, on préfère ne pas les regarder, ne pas se concentrer sur elles et observer les autres couleurs de la peinture. On ne fait attention qu'à ce qui est harmonieux dans un musée.

Dans la vraie vie, c'est pareil.

Et puis quelle est l'utilité d'aider quelqu'un qui n'est pas doué en maths, hein ? Quel est l'intérêt de prendre du temps pour expliquer les théorèmes et les équations quand on sait que la personne en face de nous lèvera les yeux et nous dira : « J'ai pas compris, j'y arrive pas. ». Pourquoi prêter attention à quelqu'un de mauvais ? Hein ? Et pourquoi on prendrait la peine d'essayer de le rendre meilleur parce qu'après tout il n'en vaut pas la peine. Parce qu'au fond, je ne suis pas à la hauteur. Je ne suis assez bien pour personne dans cette maison, dans cette famille, dans ce lycée, et pour finir, dans cette ville et dans ce pays. Et peut-être même sur cette Terre, en fait.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant