127.Adam

270 14 2
                                                  

C'est la sensation qui remplace le vide à cet instant. Ce vide creusé dans ma poitrine depuis son départ. Ce vide qu'elle comble avec ses lèvres alors qu'elle n'en a même pas envie.

Je le sais. Je le sens.

Je la connais par cœur.

Elle essaie de combler son absence de réponse, son absence de sentiment. Je m'en fous. Mais elle est là. Elle m'embrasse. Et c'est ça, dont j'ai besoin. Même si c'est faux. Même si, demain matin, elle ne sera pas dans mon lit. 

Je lui rends son baiser. 

C'est brutal, désordonné et pathétique. Je m'accroche à ses lèvres avec désespoir. Il n'aime pas ça. Putain, j'en ai conscience.

Je la sens se contracter.

Je la sens se raidir et se retenir de ne pas me projeter à l'autre bout de la ruelle. Et qu'est-ce qui la retient, au fond ?. Je me hais. Je me hais de me faire sentir comme ça, d'avoir tout gâcher. Désireux, au point de me foutre qu'elle n'en ait pas envie. 

Qu'est-ce que je peux faire de plus ? Qu'est-ce que je peux offrir de plus ? Je n'ai rien.

 Je ne suis rien. 

Je sens qu'elle a un mouvement de recul à mon égard. 

Elle ne supporte plus cette proximité. 

Elle ne supporte plus mes lèvres.
Non. Je ne veux pas. J'empoigne sa nuque pour la maintenir contre moi et emprisonne sa bouche. Tout est si violent que je sens un goût de métal sur ma langue. Je crois qu'elle saigne. Je l'ai mordu, peut-être. 

Ou alors, elle ? Pour me faire arrêter ?

Je n'en sais rien. Je continue.

Je ne réfléchis plus.

Je veux qu'elle m'appartienne complètement. Je veux qu'elle aime ça. Je veux la forcer à aimer ça.Je bloque son corps contre le mien.
Elle est emprisonné contre le mur.
Sa tête tape la brique.

Je crois qu'elle suffoque, qu'elle regrette son geste, qu'elle regrette même de m'avoir rencontré, d'être tombé amoureuse de moi. Tombé si bas, qu'elle en arrive là. Coincé dans une ruelle et forcé à m'embrasser contre son gré.

Merde. J'en ai marre.

Elle me fait perdre les plombs.

Je me recule brutalement.

Elle  a les yeux grands ouverts de stupéfaction et elle suffoque, littéralement.

Putain, j'ai failli l'étouffer sans m'en rendre compte. Je vois ses yeux briller et ses mains trembler.

Je sais que je devrais m'excuser,lui dire que j'ai agi sur une pulsion et que je ne lui ferais jamais du mal, que tout ça est un malentendu, une simple erreur, qu'elle doit me pardonner.Sauf que ce sont d'autres mots qui sortent de mes lèvres :

— Je t'en pris, ne me quitte plus jamais.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant