123.Adam

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Il fait froid, tellement froid.

L'air glacé transperce mon pull, mon manteau, mon jean, mes gants, mon bonnet, mes chaussures. Je ne sens plus le bout de mes doigts.

Je tremble et les larmes me montent aux yeux, le vent me pique, me brûle la gorge. C'est comme si mes articulations ne répondaient plus et que je marchais tout droit en pilote automatique. 

Je passe devant une vieille femme blottie dans un coin de rue, contre le mur, assise par terre.

Elle me regarde avec de grands yeux admiratifs comme si j'étais un homme de pouvoir, un homme qu'on respecte, elle me fait me sentir important alors qu'elle ne sait même pas mon prénom et qu'elle n'a pas idée de ce que je donnerai pour avoir une autre vie à ce moment-là.

Je reste bloqué sur elle une longue minute.

Je m'aperçois que je me suis arrêté d'avancer et que je la regarde avec la plus grande compassion au monde.
 

Elle est toute maigre, toute pâle. Sûrement malade et morte de froid. Peut-être recroquevillée dans ce petit coin de rue depuis trois jours.

Peut-être qu'elle n'a pas eu la force de bouger pour aller s'acheter à manger, un pull ou une écharpe. Ou au moins de quoi ce nourrire.

Il y a la pâleur de son visage presque fantomatique. Il y a ses yeux éteints.

Il y a ses lèvres ensanglantées. Il y a ses mains tremblantes. Il y a ses cheveux emmêlés. Il y a sa veste déchirée. Il y a ses pieds nus.

Il y a cette femme à la rue, seule dans le froid.

Elle n'aura personne demain pour fêter noël, cette pauvre femme.
Pas plus qu'hier. Elle sera seule.

Les gens passent à une vitesse folle devant elle sans lui accorder la moindre importance, un vieil homme arrogant balance même son mégot de cigarette à deux centimètres d'elle.

Elle se dépêche de le prendre, de l'attraper et de réchauffer ses mains autour de la cendre encore tiède.

À ce point-là. Frigorifiée au point de se réchauffer avec des mégots de cigarette. Je ne sais pas quoi faire.

Les magasins vont bientôt fermer mais je ne peux pas partir, parce que, putain. Elle est seule. Elle a froid. Sûrement faim. Et elle est triste.

Elle a un des regards les plus tristes que je n'ai jamais vu. Je baisse les yeux sur son petit pot vert et noir qu'elle tient et surveille à côté d'elle.

Il n'y a qu'une dizaine de pièces à l'intérieur alors que les mères de famille se ruent dans les magasins pour acheter les derniers jeux vidéo à quarante euros, les poupées, les jouets pour leurs enfant et les nouveaux ordinateurs portable, la télévision haute définition, les course monumentales, les cadis qui se remplissent, les tickets de caisse qui s'allongent et n'en finissent plus.

Les sacs lourds, remplis de nourriture, de jouets, de vêtements et pas un, pas un ne s'est arrêté une seconde sur cette femme.

Pas un ne lui a tendu un paquet cadeau, un peu de nourriture, une couverture pour se tenir chaud. Bande d'égoïstes. Je déteste les gens l'hiver.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant