112.Ezra

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-je suis là, je suis là Ezra, ça va, ça va aller.

Je me rue dans ses bras. Ma tête se fracasse contre son torse. Je me blottis contre lui de toutes mes forces. Je veux pas me noyer. Je veux pas mourir. Putain de cauchemar. Putain de cauchemar à la con.

J'ai peur. J'ai horriblement peur et même s'il me caresse le dos avec toute la douceur du monde et qu'il me murmure qu'il est là, j'ai encore peur. Et j'aurais toujours peur. Toute ma vie. Et il n'est pas en mesure d'atténuer cette peur. D'atténuer c'est voix .Pas lui. Même pas les mots. Même pas les bouquins.

-C'est bon, c'est bon, respire. Respire. Je suis là. Putain regarde-moi. Je suis là. Je suis là et il peut rien t'arriver tant que je suis là, c'est clair ? Rien de rien. Je déconne pas, Ez.

Je peux plus rien articuler.

Je continue de pleurer en silence et les images repassent encore dans ma tête. Moi qui sombre. Et le gouffre qui se dérobe en dessous. Ça passera pas.

-On est ensemble, tu comprends, ça ? T'es plus toute seul à chialer dans ton lit maintenant, quand tu fais un sale cauchemar de ce genre. Parce que putain, on est ensemble. Je suis là. On est ensemble. Et bordel je te jure sur tout ce que j'ai que plus jamais tu seras toute seul dans le noir à pleurer comme ça à cause d'un de ces cauchemars à la con. Plus jamais.

Avec son pouce, il efface mes larmes. Et moi je suis comme un enfant avec des hoquets parce que j'ai pleuré trop fort.

-Allez, viens-là. Dors. Il est quatre heures du matin. On va être crevé demain. N'y pense plus. Je suis là.

Le truc qu'il sait pas, c'est que ça
changera rien qu'il soit là ou pas.

Ma nuit est foutue.Je dormirai plus. Insomnie.

Peur bleue de la mort. La maison est endormie. Adam plonge dans un sommeil des plus profonds et se met à ronfler à moitié à peine deux minutes plus tard.Et l'atmosphère m'oppresse. Me resserre. Je voudrais dormir aussi, comme lui, comme un bébé, sans me soucier de rien. Je me lève en prenant soin de ne pas le réveiller.Il grogne, moi je m'immobilise, le parquet craque, mes muscles se contractent.

Il se rendort.

Je peux respirer.

Sur le bureau, il y a une feuille qui traîne, et un crayon aussi.Je les attrape tous les deux et je viens m'installer sur le rebord de ma fenêtre, sous la lumière des lampadaires. Et je me mets à raconter. D'abord mon cauchemar.

Et puis d'autres choses. D'anciens cauchemars qui ont soudain besoin d'être couché sur papier.

Et je m'endors comme ça, une heure plus tard. Sept pages recto-verso écrites, le poignet endolori et le stylo vidé de la moitié de son encre.

Je m'endors sur le rebord de ma fenêtre.

Je me concentre sur les quelques voitures qui passent parfois dans la rue, sur les crissements de pneus, sur la brise du vent qui claque parfois sur les volets et surtout, surtout sur la pluie. Et je me laisse bercer. Je me recroqueville sur moi-même, je me positionne en fœtus, le front collé à la vitre glacée, adossé au mur dur comme de la pierre. Enfin, dur comme un mur, quoi. 

Je m'endors comme ça et c'est tout con parce qu'un lit, c'est mille fois plus confortable. Mais après avoir écrit mes cauchemars et toutes les peurs que j'avais engendré, je me rendors paisiblement.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant