108.Erza

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Je monte les escaliers d'un pas lent et lourd, lorsque je tourne ma clef dans la serrure c'est sans énergie que je la déverrouille. Je la clos ensuite derrière moi et alors aussitôt une voix fuse, une voix que j'ai récemment entendu un trop grand nombre de fois :
 
- Tu  ne lui as pas dit.
- Non.
 
Je ne me retourne pas vers le spectre de la mort, je reste au niveau de la porte. J'ai peur de la regarder, de lui faire face. J'ai peur qu'en la voyant, je ressente la sensation de l'eau sur mon corps, dans mon corps. J'entends alors un son de chute continue, fluide. J'entends de l'eau couler, provenant de la salle de bain.
 
- Je crois que tu as oublié de
refermer le robinet.

Je me retourne enfin et lui lance un regard noir avant de me diriger vers la pièce, je ne modifie pas ma trajectoire pour la contourner, je trace ma route, droite. Et alors je la transperce et elle ne devient que fumée. Un frisson glacé me parcours l'échine mais je l'ignore et avance sans plus d'état d'âme.

Je la devine se matérialiser à nouveau derrière moi, dans l'embrasure de la porte. J'étouffe alors un cri en portant une main à ma bouche. Du robinet coule du sang, rouge vif, abondant. Je me précipite en avant pour en serrer les poignées et en faire cesser le flot glauque. J'observe, yeux paralysés, la masse liquide s'écoulant jusqu'au siphon, s'y engloutissant. Pourtant çà et là subsistent des gouttes, perles colorées. Je les fixe plus longuement et alors je remarque que reliées ensemble ces gouttes tracent un mot, composent le terme vivre.

Je ferme les yeux et inspire profondément. Je plaque ma main droite sur la surface de porcelaine blanche et l'essuie. Lorsque j'ouvre à nouveau les paupières le mot a disparu mais j'ai toujours autant de mal à respirer. Je me retourne vivement vers elle.
 
- Pourquoi tu as fait ça !!
- Ce n'est pas moi.
 
Mon poing se serre et je me jette sur elle pour lui faire violence. Légère comme l'air, elle disparait et je ne heurte que le vide. Je me retourne dans un souffle à l'endroit nouveau où elle vient d'apparaître.
 
- C'est toi, murmure-t-elle calmement. 
 

Je me redresse d'un bond, mes membres deviennent de glace. Soudain une voix fuse, semblant provenir de l'intérieur de mon corps, susurrant en mon crâne.

Je me recroqueville de plus en plus, y portant les mains, me mettant à trembler. La voix murmure mais je ne comprends aucune parole. Devant moi les lèvres du spectre bougent silencieusement.

Bientôt son rire s'y ajoute à ce brouhaha muet. Je me laisse tomber de tout mon long, frappe le sol de mes poings, serre la mâchoire, me frappe le visage pour me calmer. Je me jette à nouveau sur elle, la poursuit où qu'elle apparaisse. Jusqu'à ce qu'enfin je trébuche en avant et le silence se fasse à nouveau. Elle est a assise sur le canapé. Elle observent les larmes silencieuses coulant le long de mes joues, mes lèvres tremblantes, mon poing meurtri, mon corps chétif.
 
- Et si c'était toi qui nous avais inventées ?
 

Pourquoi ? Pourquoi aurais-je inventé ma folie ?
 
- Pour vivre, répond-elle dans un sourire.
 

 Et elle disparait à nouveau.
Totalement, sans promesse de réapparition. Je n'ai plus de voix, je me remets sur pied, je me traîne jusqu'à la table et empoigne mon  portable. Il faut que je l'ai appel  , il faut que j'appel ce centre.... Il faut que je leur parle.

J'ai besoin d'aide....
 

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant